TROISIEME PARTIE
en avant. Les deux rois ennemis s'approchent pour conférer entre eux avant de donner la bataille. Cette conférence est un système complet de théosophie et de morale, et qui forme à lui seul un volume, que la société asiatique nous a donné séparément du poëine. Cette invention du poëte indien peut nous paraître étrange; mais elle donne une idée juste de la philosophie et de la poésie des sages de 1 Inde. Ajoutons encore que l'homme trouve à exercer parmi les chances de la guerre un genre de facultés et de vertus qu'il 11 aurait pas connues sans elle. La pensée de l'épreuve se retrouve par -tout. Remarquons toutefois que même les guerres les plus justes et les plus saintes entraînent avec elles des excès qui révêlent aussi les plus mauvais côtés de la nature humaine, tantôt si haute, tantôt si abjecte, tantôt si noble, tantôt si brutale, tantôt si pure , tantôt si perverse. Ces sortes d excès , au reste, tendent beaucoup à diminuer.
Ce que nous disons de la guerre peut se dire également du duel, lorsqu il n'est pas simplement une stupide férocité. Il fut long -temps reconnu par les lois. IS^anmoins la religion ne doit pas l'approuver, et les perfectionnements naturels de la société le feront disparaître. Soyez certains qu'il y a là une législation tout entière , qui reposait sur autre chose que sur des conventions, qui a sa
racine dans nos anciennes mœurs, et qui nous a préservés des horribles représailles du stylet. Les Scythes, au nombre de leurs coutumes, eurent-ils celle du duel judiciaire? On pourrait l'induire d'un passage d'Hérodote. Au reste, le duel se présente par -tout, mais sous des formes différentes. Chez les Sarmates , d'après Ovide ; chez les Germains, d'après Tacite; chez les Romains, d'après Tite-Live et Denys d'Halicarnasse, les assemblées de délibération étaient composées d'hommes armés. Dans l'ancienne langue romaine, le mot droit signifie force. Les formules restées dans une jurisprudence postérieure, témoins immobiles d'une jurisprudence antérieure , attestaient qu'à une époque, dont la date ne peut être déterminée, les procès et les jugements furent des combats et des victoires.
La guerre est toujours juste pour le soldat, et même pour le général , car ils suivent la foi du prince ou de la patrie, à moins cependant d'une évidence complète. Que veut donc dh'e, dans M. de Maistre, cette comparaison du soldat et du bourreau ? A-t-il oublié le danger qui ennoblit la profession du soldat? Néglige-t-il , dans ses motifs d'examen, le genre de vertus développées dans l'homme par la guerre elle-même? S'ils supplient l'un et l'autre par le sang, s'ils font l'un et l'autre un sacri-