TROISIÈME PARTIE. 3og
que si les Juifs n'eussent pas voulu rester superstitieusement attachés à leurs traditions, à la lettre de leurs livres, à la marque cruelle dans la chair, aux formes, aux pratiques, enfin à la loi gravée sur la pierre ; s'ils eussent consenti à recevoir l'adoption après la tutêle, s'ils eussent embrassé la doctrine de l'amour, ils n'auraient pas éprouvé la ruine épouvantable qui les priva de leur état social, qui les dépouilla pour toujours de leur rang parmi les nations, sans leur ôter leur individualité nationale, dont ils ont tant à souffrir. Ils voulurent périr malgré leurs vainqueurs.
Que la société ancienne entre dans la société nouvelle, c'est là son salut: qu'elle y entre avec ses dynasties, pour les conserver. Glovis abaissa sa tête sous la loi chrétienne, ses fiers sicambres l'imitèrent. De quoi sagit-il à présent? d'un développement du christianisme, sous peine de périr.
Au reste, ne soyons pas étonnés s'il est des hommes qui se refusent a ce développement , qui ignorent la langue des vainqueurs nouveaux. L'apôtre du passé est venu ranimer leur foi aveugle, car ils sont, pour la plupart, hors d'état de le comprendre. Mais qu'ils sachent une chose : les Juifs malheureux , qui ont péri par milliers et par centaines de milliers au siège de Jérusalem , furent des victimes déplorables, et ne furent pas des martyrs. Le nom de
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martyr ne se donne qu'à celui qui meurt dans sa foi pour l'avenir. Tant que Ion reste attaché aux opinions qui ne sont plus, aux sentiments que Dieu lui-même a ôtés du milieu de la société, on est obligé de se réfugier dans l'absurde. Lisez la vie de cet empereur si puissant, qui voulut, mais en vain, rétablir le polythéisme, en présence même du christianisme; il fut justement nommé l'apostat, parcequ'il avait apostasie l'avenir, après l'avoir compris. Tout le mysticisme, toute la théurgie, toutes les superstitions les plus tristes n'ont pu le sauver d'une flétrissure dont ses grandes qualités , dont ses vertus austères auraient dû cependant le garantir.
Quelques uns aussi de ceux qui ne peuvent être en sympathie qu'avec la société ancienne, la voyant perdue , croient que c'est la fin de toutes choses. Je m'explique fort bien une si funeste pensée. Les siècles nouveaux , comme nous l'avons déjà remarqué , ont toujours été accompagnés de ces sortes de terreurs.
Je ne serais point étonné si j'apprenais que, sur son lit de mort , il s'est trouvé un homme qui, au lieu de dire comme Ézéchias : Voilà que je vais mourir, a dit : Voilà que le monde va s'abymer dans le néant. Je le plaindrais , je ne nie hâterais pas de le déclarer fou. Il y a quelque chose de si intime dans le sentiment de l'existence! il y a tant de besoin de réa-