TROISIÈME PARTIE. 3i
Les animaux ont l'instinct, c'est-à-dire la raison de Dieu. L'homme a sa raison propre, sa raison individuelle qui se développe aux conditions mêmes de son existence.
Le sort des hommes dépend les uns des autres ; ils sont solidaires entre eux. Chacun est soumis au destin formé par tous, mais chacun a fourni une force quelconque au destin qui l'opprime , et toujours, encore une fois, sous la condition delà liberté, de la liberté pour tous, de la liberté pour chacun. Il faut avoir présent ce que j'ai dit, à ce sujet, si souvent.
L'intelligence , dans l'homme , se perfectionne avant les sens. L'homme est obligé de faire luimême l'éducation de ses sens. Les tableaux qui ont du relief et de la profondeur par les miracles de la peinture n'ont cette profondeur et ce relief que parceque nous sommes accoutumés, hors de l'art, et à notre insu, aux effets merveilleux de la perspective et de la lumière. On a fort bien dit que la question de la perspective, chez les anciens, est une question d'idéologie. En y réfléchissant on trouvera dans cette donnée la solution de plusieurs problèmes sur les arts d'imitation.
L'animal juge de la distance sans avoir besoin de l'apprendre, aussi ne saura-t-il jamais les illusions de la peinture. Son esprit ne percera jamais la toile d'un tableau.
3i8 PALINGÉNÉSIE SOCIALE.
L'animal sait tout ce qu'il doit savoir ; l'homme doit tout apprendre.
Les animaux font partie de l'homme, dans le sens que j'ai déjà expliqué : ils tendent à s'assimiler à lui; jusque-là ils sont sans individualité et sans faculté collective.
Il n'y a d'individualité qu'à la condition de la faculté collective , et l'homme seul a la faculté collective, c'est-à-dire la faculté d'assimilation; car les fourmis, les abeilles, les castors, ne prouvent rien , si ce n'est pour les poètes de la fantaisie. L'homme ne sera rendu à l'individualité qu'après s être, dans cette vie, rendu propre ce qu il doit s'approprier de l'esprit humain.
G est pour cela qu'il a reçu la parole. C'est par la parole que la pensée, le sentiment moral, l'appréciation par la voie des sens, sont entrés dans l'homme,
La parole est le sens intellectuel qui sert à développer les autres sens, les sens extérieurs.
Les langues ne sont peut-être qu'un produit de cette faculté primitive qu'eut l'homme de communiquer sa pensée à la pensée de son semblable, comme nous le voyons dans le somnambulisme, sans l'intermédiaire des sens extérieurs, des organes de nos communications actuelles.
Le sourd est muet.