‹ ŒuvresChapitre 159 sur 175 · TROISIÈME PARTIE. 3a · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. 3a

successive. La vérité éternelle, par son éternelle condescendance, emploie des expressions progressives comme l'être progressif à qui elle les adresse.

La société religieuse, disons-nous, se gouverne elle-même depuis le commencement; mais ce gouvernement d'elle-même ne peut être le sujet d'une formule générale, parceque cette formule ne saurait être conçue que dans des termes qui supposent le temps et l'espace. L'esprit humain est donc inhabile à produire la formule qu'il se demanderait à luimême.

Les justes de l'ancienne loi, après leur pèlerinage sur la terre, attendirent dans un lieu de repos, qui n'était pas encore le séjour de la gloire , la manifestation nouvelle qui devait consommer pour eux la réhabilitation, objet de leur foi. Ils avaient été fidèles à l'épreuve de la promesse, et pourtant ils ne purent entrer en possession de leur destinée que lorsque le genre humain lui-même fut mis en possession de la promesse réalisée.

L'homme a besoin de l'homme, même pour s'assurer l'autre vie, car le genre humain est un.

Ce qui est raconté des justes de l'ancienne loi est une vérité , et , de plus , un emblème.

L'épreuve de la menace apocalyptique , l'épreuve du mystère inexorable n'est pas achevée. L'expiation reste revêtue de son symbole le plus expressif.

L'autorité légitime, dépositaire de la pensée religieuse éternelle, en d'autres termes, la société chrétienne qui se gouverne avant et après le temps, et qui ne dédaigne pas la forme du temps, la société chrétienne s'expliquera lorsque le moment sera venu de s'expliquer. Le voile de la parole s'éclaircira, et l'esprit connaîtra le dernier terme de la réhabilitation.

Contentons-nous , en attendant , du lieu de repos qui n'est pas encore le séjour de la gloire.

Ne laissons pas toutefois passer, sans le noter, un exemple terrible de l'abus que l'on peut faire d'une arme trop redoutable par elle-même. Les hommes ont prodigué la peine de mort, et ils ne se sont pas contentés d'infliger ce funeste châtiment ; ils ont aussi infligé, quelquefois de leur propre autorité, celui des peines éternelles. L'anathème, chez les anciens, est allé jusque-là. Sous la loi chrétienne, la peine de la damnation a trop souvent été prononcée formellement, comme un tribunal aurait prononcé une autre sentence. Dieu sans doute aura pris pitié, je ne dis pas de ceux qui étaient condamnés, mais des juges téméraires qui prononçaient de tels arrêts.

Ajoutons une chose. Dieu n'a pas besoin de se défendre; la société en a besoin : c'est un devoir qui lui est imposé par la loi générale de conserva-

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