TROISIÈME PARTIE
tion imposée à tous les êtres. Mais une mission qui n'est point nouvelle vient de lui être confirmée; il faut quelle s'applique à civiliser ceux de ses propres enfants qui ont jusqu'à présent échappé à la civilisation.
Il me reste à dire que, peut-être prématurément publié par moi en 1 8 1 8 , l'Essai sur les Institutions sociales me dispense aujourd'hui de développer davantage quelques unes de mes idées. Je ne voulais insister ici que sur la pensée des épreuves successives, qui sont une partie si considérable des destinées humaines ici-bas et au-delà.
L'homme, appelé à tenir un si haut rang parmi les intelligences , pouvait-il espérer qu'il y parviendrait sans le mériter? Dieu a trop aimé l'homme pour lui tout donner gratuitement. La souveraineté de la terre est au prix d'un genre de travail ; le gage des espérances immortelles est au prix dune autre sorte de travail. Avant donc de s'expliquer sur la sévérité des lois de la puissance créatrice à l'égard de l'homme , il faut tenir compte de la loi générale, perpétuelle, miséricordieuse de l'initiation, loi de ménagement et d'amour, qui rappelle incessamment l'antique épreuve cachée dans les ténèbres augustes de la création , et néanmoins attestée par tous les souvenirs de l'antiquité.
Qu'on me permette de finir par où j'ai commencé.
3a6 PALINGENESIE SOCIALE.
Nous nous plaignons de ce que les plans de la Providence ne nous sont pas dévoilés. Et d'abord pour savoir il faudrait que nous fussions d'autres intelligences, que nous ne fussions pas destinés à nous faire nous-mêmes. Ensuite, si nous savions, où serait l'épreuve, où serait le mérite d'acquérir?
Le monde, les choses du monde, le cours des choses, les événements contemporains, les événements passés, les prévisions de l'avenir, les traditions, les préjugés, les lois, les mœurs, la science, la poésie, la fable, l'histoire, tout cela fait partie de l'initiation de chaque homme, de l'époptisme du genre humain.
Ce mot, consacré dans la langue des initiations, caractérise le grade le plus élevé; mais on comprend qu'une telle expression ne peut avoir pour nous qu'un sens relatif. Celui que j'oserais appeler l'éternel Hiérophante, comme d'anciens philosophes n'ont pas craint de l'appeler l'éternel Géomètre, Dieu, ne peut être limité dans les enseignements successifs qu'il veut bien départir à sa créature, selon qu'elle le mérite. Ainsi , d'après les notions que nous avons acquises, l'époptisme actuel serait la consommation de révolution plébéienne par le christianisme, et l'abolition complète de tout patriciat; mais je suis loin de croire pour cela que ce soit la fin ou le terme cfe toute initiation.