‹ ŒuvresChapitre 168 sur 175 · TROISIÈME PARTIE. 33g · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. 33g

corps à corps était déjà commencé. .Te crois aujourd'hui le moment mieux choisi, et je me présente de nouveau; je me présente même avec plus d'assurance, parcequ'à très peu d'exceptions près, toutes les idées contenues dans ce premier écrit sont devenues, bien plus qu'elles ne l'étaient alors, le véritable domaine de la discussion actuelle.

J'ai eu pour but, dans cet ouvrage, qui maintenant fait partie du premier volume, de peindre l'âge actuel de la société , la lutte des idées anciennes contre les idées nouvelles , la différence des mœurs et des opinions ; d'établir que , si toutes nos traditions sociales finissent, il ne faut pas néanmoins méconnaître l'esprit de ces traditions, ni les bienfaits qu'elles ont répandus parmi nous; je cherche à prouver ensuite que l'homme naît dans la société, qu'il ne peut rien sans elle; qu'il n'est créature morale , libre , intelligente, que par elle ; que les lois de l'organisation sociale reposent sur l'expérience et sur des faits, et non sur des théories et des hypothèses; puis, abordant le problème si souvent débattu de l'origine du langage, je parviens, de conséquences en conséquences, à trouver que nous sommes dans lâge de l'émancipation de la pensée, mais que cette émancipation n'a pu avoir lieu avant que les facultés de l'homme, créées en quelque sorte par la parole, n'eussent reçu le degré de perfection qu'elle

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devait leur donner; enfin j'essaie de démontrer que le problème de l'origine de la société étant intimement lié à celui de l'origine du langage, ces deux problèmes doivent se résoudre de la même manière; et qu'ainsi il faut encore à présent partir de l'existence de la société pour raisonner avec certitude sur le nouvel ordre de eboses qui tend à s'établir, quelque indépendant qu'il soit d'ailleurs de tout ce qui a précédé, comme il faut partir du don primitif de la parole pour parvenir à concevoir l'émancipation graduelle de la pensée. Je crois que désormais les mœurs et les opinions doivent marcher sur deux lignes séparées, et recevoir des développements successifs dans ces deux lignes, toutà-fait distinctes entre elles. Je considère tour-à-tour le sentiment religieux, le dogme de la légitimité, les lois de la poésie et de la littérature, sous le point de vue que me présente la série d'idées et d'inductions que je viens d'énoncer succinctement. Cet ouvrage n'est ni un traité de métaphysique, ni un système politique : on n'y trouve point l'exposition de toutes les vérités sur lesquelles la société est établie; mais il en contient le germe, et j'osais espérer qu'il en ferait naître le sentiment , ou du moins qu'il pourrait contribuer à l'entretenir. Peut-être est-il permis d'affirmer qu'il était assez approprié aux besoins du moment, puisqu'il tendait à nous récon-

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