TROISIÈME PARTIE. 3/j i
eilier avec l'esprit de tradition, sans toutefois nous placer sous sa tutéle immédiate.
Nous sommes arrivés à une époque de fin et de renouvellement, à un âge distinct de l'esprit humain , à une ère nouvelle de la société ; et c'est un tel état de choses que j'avais cru important de faire comprendre et sentir.
L'hypothèse que j'avais posée était, je puis l'avouer, insuffisante; toutefois elle nous conduite la nécessité des principes palingénésiques inscrits dans l'horizon le plus reculé de l'histoire primitive de la race humaine.
J'ai déjà fait connaître les objections de mon ancien contradicteur, dans l'addition au chapitre X de l'Essai (tome I, p. 365 et suiv.). J'ai répondu à ces objections, et maintenant je puis faire un pas de plus.
Pour remettre la question sous les yeux du lecteur, je crois devoir employer une conclusion de M. Cousin, qui la signale en quelques mots. Ce n'était point à moi que répondait l'illustre professeur, mais je dois prendre sur moi la responsabilité du système attaqué.
« Les signes, la parole, ne sont donc rien en eux- « mêmes; ils ne sont que ce que la volonté les fait « être; et, en ceci comme en beaucoup d'autres cho- « ses, il est dur d'entendre par-tout célébrer les effets,
« quand la cause est ou négligée, ou méconnue, on « repoussée. Que Ion y songe; la théorie que nous « combattons ne va pas à moins qu'à faire produire « l'homme par la parole ; mais l'homme de cette « théorie n'est qu'une machine dont se sert plus ou « moins heureusement le langage, qui vient alors « on ne sait d'où : n'est-ce pas là un véritable sui~ « cide?» (Victor Cousin, Fragments philosophiques , tome I, p. 172).
D'abord j'aurais à répéter ce que j'ai déjà dit dans l'endroit cité. Mais au point où nous sommes parvenus, il nous est permis de confondre la question particulière qui nous occupait alors avec la question générale qui nous a occupés depuis.
Les prolégomènes de la Palingénésie ont dû nous apprendre que toutes les questions d'origine sont identiques.
Les siècles qu'il eût fallu entasser pour arriver à l'institution progressive du langage, comme pour arriver à l'institution sociale, ces siècles se perdent dans le résumé admirable de notre histoire primitive : ce résumé est la Genèse, tableau du berceau cosmogonique de la race humaine, grande et majestueuse psychologie de notre essence, distincte de toutes les autres essences, témoignage imposant des traditions antiques.
Ainsi le genre humain est un et identique à lui-