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TROISIÈME PARTIE

même depuis son origine jusqu'à présent; il le sera jusqu'à la fin. Ses facultés ne sont point successives. Ce qu'il est, il l'a toujours été, il le sera toujours.

Le point de départ de la perfectibilité, c'est le dogme de la déchéance et de la réhabilitation , comme ce même dogme est la raison des initiations progressives, chaque initiation à la condition de l'épreuve, et l'épreuve toujours sous forme d'expiation.

Ainsi se trouvent expliqués à-la-fois les temps historiques et les temps mythiques.

Ainsi l'essence humaine n'a pas besoin de se dégager d'une essence inférieure, pour parvenir à être ce qu'elle est: l'évolution de la race humaine est en elle-même. Ceci n'est pour répondre ni à mon ancien contradicteur ni à M. Cousin , mais pour faire comprendre que la simple voie du développement, sur-tout avec l'idée d'unité d'organisation, nous conduirait à une solution que nous ne pouvons admettre.

Il s'agissait donc de bien préciser le point de départ de la perfectibilité : or ce point de départ est formellement marqué dans la Genèse, expression des traditions générales du genre humain.

Les facultés sont diverses, et diversement réparties; c'est cette diversité de répartition qui fit les castes et les classes, et les peuples et les langues.

344 PALIMGÉNÉSIE SOCIALE.

Le christianisme a levé la barrière qui tenait séparés et les castes et les classes , et les peuples et les langues.

La diversité reste, niais l'initiation est ouverte à

tous.

Je termine ici , non que j'aie atteint le but de ces prolégomènes, mais parceque d'autres considérations générales doivent être préparées par la suite de la Palingénésie sociale.

FIN DES PROLEGOMENES.

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Un philosophe arabe a dit : « Adhérer à ses pro- « près sentiments et à ses lumières, c'est le grand « chemin de l'impiété et une idolâtrie de soi-même; « car puisque vous ne pouvez penser ni raisonner "que sur l'être contingent, toutes vos pensées et « tous vos raisonnements ne peuvent vous conduire « que dans les ténèbres de l'orgueil et de l'opiniâ- « treté. »

Cette phrase, qui résume en quelque sorte la doctrine de M. de La Mennais, est d'un philosophe mahométan.

Si je fais cette remarque , ce n'est point pour jeter de la défaveur sur cette doctrine qui, contenue dans ses véritables limites, n'a rien qui offense la raison. Elle est sur-tout, à mon avis, contraire au fatalisme et à la prédestination ; elle se concilie à-lafois avec la liberté et avec la solidarité; elle ne repousse point la loi du progrès, de l'initiation à la condition de l'épreuve.

Toutefois j'ai cru devoir noter la pensée du philosophe arahe.

Le christianisme avant J. G. était la raison générale manifestée par le témoignage du genre humain. Le christianisme depuis J. G., développement naturel de l'intelligence, est la raison générale manifestée par le témoignage de l'Eglise. ( L'abbé de La Mennais, Indiff., Préface du IIe vol.)

L'apologie du christianisme par M. de La Mennais est une forme tout-à-fait nouvelle, et dans les besoins du temps. Il est certain qu'il en a étendu les proportions, et que l'orthodoxie de Bossuet s'en alarmerait.

Je pense que la forme théosophique aurait mieux convenu .

Sous ce rapport, M. de Maistreest dans une meilleure voie.

Les appuis historiques , les témoignages , tout peut être contesté : par l'instrument théosophique, vous pénétrez dans les entrailles des traditions générales, et vous parvenez au cœur même du problème posé et résolu par le christianisme.

( chercher à connaître les faits primitifs de l'his-

toire du genre humain, ce n'est point une vaine curiosité. Cette haute synthèse, qui fut celle de tous les esprits élevés, peut égarer, mais toujours elle est féconde en enseignements vrais et utiles. La plus petite découverte dans cette région mystérieuse est importante en ce quelle signale une loi générale. Platon le savait bien.

On dit que tout est fini en poésie, en littérature, c est complètement faux. N'avons-nous pas à notre disposition tous les événements anciens éclairés par un jour nouveau? L'identité que nous finirons par trouver dans toutes les histoires, selon le degré de développement des peuples, ne permet-elle pas de donner à des faits particuliers la couleur de faits généraux pour les élever à la dignité de faits typiques, de faits universels?

L'histoire, nous en sommes certains, ne marche point au hasard. Les faits manifestent les pensées. LTn événement est donc la révélation d'un sentiment général , d'une pensée dominante qui régne sur tous dans le moment. Tel est le véritable lieu de l'unité pour l'art. Un héros alors n'est qu'une personnification. Voilà ce qui livre de nouveau le domaine de l'histoire à la muse épique, à la muse tragique. C'est à la philosophie à préparer le terrain sur lequel doit s'élever l'édifice de la poésie régénérée.

Deux fois les alexandrins ont tenté de refaire la

}5o REFLEXIONS DIVERSES.

poésie primitive. Dans les premiers siècles du christianisme, et même dans le siècle qui l'a précédé, toutes les théurgies, toutes les philosophies , toutes les doctrines mystiques ou symboliques ont été refaites sous des noms anciens. C'est ainsi qu'on a fait les poèmes d'Orphée et les livres de Thot.

Je cite ce moment de l'esprit humain, non pour le proposer comme exemple à suivre, mais pour faire comprendre l'analogie du mouvement des idées.

Il est certain que Tibère et Titus existent encore à présent, existent même dans notre sphère d activité; car leurs actes, ce qu'ils ont fait, dit et pense, la mémoire qui en subsiste, leurs images, l'apparition enfin de leur être dans le temps , ont une sorte de vie réelle pour nous modifier, pour servir de causes, de motifs, d'occasions à nos pensées et a nos sentiments; les faits quils ont produits, et dont les résultats ondulent jusqu'à nous, font une partie de notre expérience, de nos destinées actuelles. A plus forte raison, les poètes, les orateurs, les philosophes, les législateurs, les fondateurs d'empires, les théocrates.

Ce que je dis de Tibère et de Titus s'applique à tous les noms de la fable et de l'histoire.

RÉFLEXIONS DIVERSES. 35î

Les souvenirs vivent dans les arts et les inspirent toujours. Les pensées anciennes sont reproduites sur le marbre, sur la toile, sur l'airain. Les traditions éteintes éprouvent ainsi de perpétuelles pâli n-

genesies.

Donc lame est immortelle.

Donc le genre humain est un et identique.

Donc l'individu ne se confond point dans l'identité générale.

L'homme est à-la-fois individuel et collectif, solidaire et. responsable de ses propres actes, volitif et fatal.

Nous sommes gouvernés par les récits mensongers ou inexacts comme par les récits vrais. Cette prétendue liberté romaine, si différente de l'isonomie athénienne, nous a imposé une fausse croyance, comme elle nous aurait imposé une croyance vraie. Voyez les tragédies de Voltaire si empreintes des préjugés historiques de son temps; voyez celles de Corneille , placées également dans une sphère si opposée à la vérité, telle qu'elle nous apparaît à présent.

Je l'ai déjà remarqué, l'homme est sans cesse occupé à refaire le passé, et le passé lui appartient au même titre que l'avenir.

L'homme est donc tenu de deviner le passé, de le reconstruire d'après l'idée qui dort dans les monuments, d'après la loi générale qui se dévoile à chaque crise palingénésique : il emploie à cette dévination la même faculté qui lui fait pressentir l'avenir. Le présent n'existe qu'à la condition du passé et de l'avenir, ou plutôt n'est que la mystérieuse assimilation du passé et de l'avenir.

L'idée du présent, bien entendue et bien comprise, nous donnerait l'idée d'une contemporéinité générale, c'est-à-dire de l'éternité.

Les hommes avant nous, c'est nous; les hommes en même temps que nous, c'est nous; les hommes après nous, c'est encore nous.

Nos sympathies font de chacun de nous le genre tjumain lui-même.

On a peine à démêler sa propre pensée, pareeque c'est une pensée individuelle; on a peine à démêler, et parla même raison, la pensée d'un autre: il n'en est pas ainsi d'une pensée générale. Elle est toujours nette, quoique souvent impossible à exposer littéralement, à enfermer dans des locutions précises.

Les expériences de la révolution française ont allumé un flambeau qui éclaire au loin les histoires anciennes, comme il éclaire, dans un horizon plus rapproché, les histoires modernes.

Un temps s'ignore; mais la loi qui a posé les temps sur l'éternité sait le secret du temps qui s'ignore, lies langues s'ignorent aussi, mais le génie qui y est contenu s'y développe par la même loi qui en fait l'expression de l'intelligence humaine.

L'expérience et l'analyse trouvent dans les événements consommés les mystères profonds de la spontanéité qui a produit l'action.

Un temps s'ignore ; la Providence dirige en grand , en général , par une loi primitive, à l'insu des hommes qui voient en petit et en particulier, qui voient successivement.

Une époque s'ignore, c'est-à-dire ignore la pensée qui la fait agir, mais Dieu connaît cette pensée: c'est lui qui l'a mise dans la sphère d'activité de l'homme pour qu'il se l'assimile à de certaines conditions.

Les passions humaines, les violences, les meurtres, souvent servent d'enveloppe à la pensée d'avenir cachée dans le présent; cette pensée d'avenir triomphe par le sang et les larmes, comme le germe voilé dans le grain de blé triomphe par la destruction du grain lui-même.

Un temps s'ignore : toutefois il est doué d'un instinct qui le fait agir.

Un homme s'ignore : il a un instinct analogue.

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