PREMIÈRE PARTIE
identique de la déchéance et de la réhabilitation.
Les premières guerres poétiques sont les catastrophes du monde physique; les secondes guerres poétiques sont les premières catastrophes du monde de l'humanité.
Une source continuelle d'erreurs a été de vouloir réduire en formules des temps historiques les formules mystérieuses des temps antérieurs.
Les poètes mythographes et les théosophes cosmogoniques ont lié des dynasties divines à des révolutions terrestres ou astronomiques; ils avaient vu que les dynasties héroïques étaient liées à des cycles sociaux. L'analogie et la logique conduisent l'esprit humain à son insu. .
Faites attention que les changements de dynasties divines se font par des moyens violents ; ce sont comme des révolutions du sérail dans les vieux em-
pires de l'Orient. Saturne avait détrôné Uranus; Jupiter détrône Saturne; il devait être détrôné à son tour par Bacchus ou par Hercule. Les histoires mythologiques et les histoires héroïques ne peuvent être qu'analogues entre elles : c'est le développement de la même langue. Voilà pourquoi toutes les histoires primitives se ressemblent; et l'Olympe n'est autre chose que la cité héroïque, transportée pas même très haut dans les nuages. Les violences dans le ciel sont l'emblème des vio-
Ion ces sur la terre; les destinées divines prédisent les destinées humaines. Lorsque les destinées soit divines, soit humaines, changent de principes de direction, la personnification des principes doit changer. Comme rien n'est doux dans l'aspect des initiations humaines, tout est terrible dans les emblèmes cpii expriment les épreuves. L'infini répugne à la mort, et pourtant la mort de l'initiateur est toujours réclamée.
La loi chrétienne n'a point dérogé à la loi antique qui a fait le mythe dont nous parlons ici.
Cette loi antique et la doctrine des dévouements et des sacrifices de victimes innocentes pour accomplir l'expiation , ne sont autre chose que la transformation de l'idée du Médiateur, confusément répandue dans tout le monde ancien.
Dans une de ces immenses mythologies de l'Orient, l'acte de la création est représenté comme l'immolation d'une grande victime.
Les diverses personnifications dont nous parlions tout-à-lheure, l'Inde les a marquées par des incarnations successives.
Descendons sur la terre pour voir ce qui s'y passe.
La Providence secoue violemment le genre humain pour le faire avancer. Il n'a d'intelligence qu'à la sollicitation du besoin; il n'a de vertu qu'à la sollicitation de la douleur. N'est-ce pas là le signe