‹ ŒuvresChapitre 29 sur 175 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Prolégomènes pour Orphée.

J'ai besoin de commencer par prévenir que cette composition n'a pas été conçue d'après des données scientifiques: les études d'archéologie et même de géologie, qui eussent été les études préparatoires absolument nécessaires pour entrer dans le fond d'un tel sujet, ont toujours eu beaucoup d'attrait pour moi , mais je n'ai point eu le loisir de les cultiver d'assez bonne heure , ni assez exclusivement, et je ne pourrais en tirer tout le parti qu'on aurait le droit d'attendre, si je ne me hâtais de m'expliquer à cet égard. Les poètes anciens , les premiers philosophes, étaient tenus de savoir toute la science de leur temps , toute la science des temps antérieurs, d'être entrés dans l'intimité des choses,

s il est permis de parler ainsi. Toutefois je n'ignore point qu'en mille occurrences une érudition de seconde main peut maintenant suppléer à l'érudition essentielle; de plus, il est vrai de dire qu'ici sur-tout les recherches déjà faites, et les résultats déjà obtenus, m'auraient peut-être facilement dispensé de remonter péniblement jusqu'aux sources. Alors le travail aurait été complètement à ma mesure, mais il n'aurait point satisfait les habiles; il ne m'aurait point satisfait moi-même; il aurait manqué d'abandon et de franchise d'expression ; enfin il aurait été, dans certaines parties, aride, chargé de détails techniques, et, dans certaines autres, tout plein de lacunes. Il me serait loisible, en effet, d'affirmer, non sans raison, que nous sommes encore très peu avancés dans l'investigation des faits primitifs; que nous en sommes réduits, le plus souvent, à conjecturer et à deviner; qu'un jour nouveau ne tardera pas de se lever sur l'immense horizon des origines ; que jusque-là nous pouvons sans inconvénient négliger des connaissances imparfaites, connaissances dépourvues quant à présent d'aut,orités suffisantes, et qui tendent seulement à se dégager de mille préjugés divers; que nous sommes sur-tout obligés à une plus grande réserve, lorsque la nature et la forme d'un ouvrage ne nous permettent pas de soumettre à la

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