PREMIERE PARTIE
Les hommes, dont les méditations habituelles ont pour objet les hautes spéculations de la philosophie, la puissance merveilleuse de la religion, bienfaisante selon les uns , terrible et funeste selon les autres , se divisent en sectes nombreuses ; mais toutes ces sectes peuvent naturellement être rangées en deux classes : les hommes du Destin et les hommes de la Providence.
Les hommes du Destin voient le mal répandu sur la terre; ils voient les fléaux et les maladies; ils voient les calamités générales, les misères et les infortunes de chaque individu ; ils voient enfin tout ce qu il y a de lamentable dans la condition humaine; ils ne voient que cela. Alors ils se mettent à accuser Dieu, ou à le nier. L homme, à les entendre, est sous le joug inexorable d'un destin de fer; il n'a point de liberté; il est emprisonné dans ses organes, dans les limites de ses facultés, limites
\o PALINGÉNÉSIE SOCIALE.
qu'il sent plus étroites à proportion que ses (acuités elles-mêmes sont plus étendues; l'esprit s'use dans
les obstacles de tout genre, se brise contre la force des choses; la vr.e n'est qu'une longue douleur, un rêve pénible, une cruelle maladie. Nous n'existons ([Lie pour souffrir ou faire souffrir. La société, dans une si triste hypothèse, est une chose mauvaise et factice; c'est une malheureuse invention de l'homme. Cette philosophie du découragement et du désespoir revêt plusieurs formes, selon les temps, les lieux, l'âge des peuples; mais le fond est toujours le même.
Les hommes de la Providence voient aussi le mal , mais ils sont pleins de confiance, et ils croient fortement que si l'économie des desseins de Dieu pouvait être manifestée dans tout son majestueux développement, elle satisferait à toutes les plaintes, elle répondrait à tous les doutes, elle apaiserait tous les troubles de la pensée. Néanmoins , selon eux, nous en savons assez pour comprendre la raison de ce qui nous est caché. Ils croient, à-la-fois et de la même façon, à faction continue de la Providence, et à la liberté de l'être intelligent. Dans leur conviction intime, l'institution sociale est une institution divine ; c'est par elle que l'homme se perfectionne et s'élève. Ils ne séparent jamais les destinées dont nous jouissons dans cette vie de celles qui