DEUXIÈME PARTIE
point non pins au nombre des hommes spontanés: qu'il me soit permis d'affirmer que 1 inspiration à laquelle j obéis est ])lus près des inspirations primitives; oui, j'ai plus que Virgile, incomparablement plus, le sentiment de ces choses que j'oserai appeler divines; car enfin il ne faut pas craindre de manifester sa propre justification, lorsqu'on est entré dans la voie difficile où je me trouve engagé. Et qui croirait en moi, si je n'y croyais pas moi-même? Virgile fut atteint par les philosophies douteuses et incrédules de son temps, et jamais aucune de mes convictions intimes n'a été ébranlée. Dieu sans doute voulait quelque chose de
moi !
Une remarque à faire ici, c'est que 1ère alexandrine, qui est une ère d'imitation , a marqué par la poésie les premiers pas d'une carrière nouvelle poulies facultés humaines cessant d'être intuitives. L'âge de la poésie spontanée était donc fini depuis longtemps lorsque Virgile entreprit son épopée : de plus, il était un homme nouveau , étranger à ces sympathies patriciennes qui survécurent à tant de calamités, et qui dans Lucain exhalèrent les derniers accents d'un farouche patriotisme. Toutefois, rattachant la chose religieuse romaine aux traditions de l'Orient, ainsi qu'il y était autorisé, comme nous lavons vu plus haut, il s'est rendu l'historien de la
ioo PALINGÉNÉSIE SOCIALE.
cité, de la même manière que Tite-Live est l'historien de la ville.
La chose romaine, au reste, lorsque nous aurons à nous en occuper, nous signalera mieux cette sorte de mythe que nous avons désigné sous le nom de mythe civil, et que par induction nous devons retrouver plus ou moins chez tous les peuples, aux diverses époques, correspondantes entre elles, dune chronologie générale dont les cycles successifs sont des temps indéterminés , des périodes de civilisation, sans mesure fixe.
J'ai encore à dire, au sujet des prêtres de l'Egypte: Les destinées humaines n'auraient -elles eu une direction que chez le peuple hébreu? Le reste des nations aurait-il été abandonné à l'incertitude de la pensée humaine , ou plutôt à l'ignorance qui constitue la pensée humaine , lorsqu'on la considère séparée de sa source , dégagée de son principe, c'est-à-dire dépouillée à-la-fois de toute révélation et de toute tradition? Tous les documents de l'histoire, tous les témoignages des siècles, seraient-ils menteurs en ce point? Ceux à qui fut attribuée léminente fonction de civiliser les hommes, voulez-vous les faire descendre de la sphère élevée où ils dominent, pour les changer, de votre propre autorité , en de vils et d'heureux imposteurs? voulez-vous que votre dédain aille ensuite