DEUXIÈME PARTIE. loi
des jongleurs au genre humain lui-même, qui toujours se laisserait abuser? voulez -vous enfin substituer les aveugles contingences du hasard au gouvernement régulier, à la conduite initiative de la Providence? voulez- vous encore donner un démenti formel à la plupart des premiers Pères de l'Eglise, qui n'ont pas hésité à reconnaître des missions dans la gentilité? Et sur-tout n'est-il pas écrit, dans les Actes des Apôtres, que Dieu ne s'est jamais laissé sans témoignage? N'est-ce pas en cela que consistent les traditions générales du genre humain, traduites dans toutes les langues, acclimatées chez tous les peuples , selon le génie des peuples et des langues, transformées dans tous les cultes, selon les temps et les lieux? Pour ne pas sortir de la thèse particulière où nous sommes en ce moment, n'est -il pas écrit, dans ces mêmes Actes des Apôtres , que Moïse s'était instruit dans toute la science des Egyptiens? Or la science des Egyptiens entrait donc au moins dans les voies préparatoires pour nos propres traditions. N'est- il pas naturel , de plus , de penser que ceux qui , parmi les nations, occupaient alors le point culminant de la civilisation devaient être attentifs au mouvement de toutes les affaires humaines? Mais ici il faudrait entrer dans l'essence des Mystères, et ce n'est point mon but. Qu'il me soit permis
102 PALINGENESIE SOCIALE.
seulement de transcrire quelques lignes du comte Ouvaroff, sur ceux d'Eleusis.
« Le grand principe sur lequel reposait le poly- « théisme était, comme Warburton Ta savamment «démontré, l'admission de toutes les idées reli- « gieuses. » «Le Maître de l'univers, dit Thémis- «tius, semble se plaire à cette diversité des cultes. « Il veut que les Egyptiens l'adorent d'une manière, « les Grecs d'une autre , les Syriens d'une troi- «sième; encore tous les Syriens n'ont- ils pas le « même culte. »
Tajouterai que l'esprit des prêtres de l'Egypte fut d'accueillir tous les systèmes, toutes les opinions, à-peu-près comme les Romains adoptèrent tous les dieux des nations. L'influence qu'ils exercèrent fut donc toujours relative à l'esprit , aux mœurs, aux traditions plus ou moins accréditées de chaque peuple. Si cette conjecture a quelque fondement , la direction que se serait arrogée le sacerdoce égyptien serait en quelque sorte une imitation hardie et philosophique du gouvernement même de la divine Providence.
Les enseignements, les doctrines des Mystères, venaient saisir ceux que l'incrédulité aurait pu entraîner au sortir du sein de tant de croyances superstitieuses que nous ne pouvons apprécier. Il fallait bien un appui au sentiment religieux.