DEUXIÈME PARTIE. i3g
ciée jusqu'à présent, expression vivante d'un sentiment général, qui ne put jamais être inventée par un grand poëte, quelque doué qu'il eût été de la force de sympathie et d'assimilation. Ulysse, c'est l'homme même, c'est-à-dire l'antique plébéien, marchant vers des initiations successives. Les erreurs d'Ulysse, pour me servir du mot mythique, ce sont les épreuves par lesquelles le plébéien primitif s'élève à l'héroïsme primitif, en d'autres termes, à l'humanité d'une époque primitive; car, dans la langue sociale d'une telle époque, homme, héros, patricien, sont des noms exclusifs, donnés à ceux qui sont déjà pourvus des facultés et des prérogatives humaines, pour les distinguer de ceux qui ne les ont pas encore, ou qui les ont en germe non développé, et ne les ont pas en droit. C'était donc avec raison qu'Ulysse avouait sa nullité en présence du Gyclope; et l'on sait ce que furent les Cyclopes, pour Platon, les premiers patriciens du monde civil. Ainsi la fable de l'Odyssée n'est qu'un vaste tableau de l'initiation humaine: voilà pourquoi cette antique épopée, qui tient son unité de l'unité même d'une tradition, est, d'après les idées que je viens d'exprimer, un livre analogue à celui des Politiques d'Aristote, l'un dans la sphère poétique et symbolique, l'autre dans la sphère philosophique et positive.
i4o PALINGÉNÉSÏE SOCIALE.
Ainsi, pour me faire mieux comprendre, il est bon que je lasse passer mon lecteur par l'histoire romaine, pour le faire aller du connu à l'inconnu , et afin de pouvoir adopter en même temps la forme de l'analyse et celle de la synthèse.
Je ne veux qu'ajouter un mot, et ce mot est une pensée qui doit se reproduire sans cesse : exprimée ou non, elle doit être présente par-tout, se reproduire en quelque sorte dans toutes les phrases de la Palingénésie; c'est que le christianisme non seulement est le but auquel doit tendre l'humanité, mais encore que ses mystères, contenus déjà dans toutes les traditions du monde primitif, n'ont jamais cessé d'être l'arôme incorruptible dont furent toujours, intimement et dans leur essence propre, imprégnées les traditions secondaires et même les religions successives. C'est ce qui me faisait dire plus haut qu'il fallait être fort réservé dans les accusations d'immoralité ou d'absurdité dont nous sommes portés à flétrir certains cultes anciens.
Le christianisme était donc attendu. Qu'on ne s'offense point si je dis ici dès à présent ce qui sera établi par la suite, à savoir que le plébéianisme, expliqué dans son sens le plus général, étant la tige même de l'humanité, le christianisme est la religion éminemment plébéienne, la vraie