‹ ŒuvresChapitre 78 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE. i6-j · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. i6-j

La discussion du Cratyle, comme on sait, porte sur la raison des noms et des mots , dans la langue grecque. Il s'agissait de savoir si, par une loi générale de l'humanité , les noms et les mots ont en euxmêmes leur raison, ou s'ils sont le résultat d'une convention entre les hommes. Enfin il s'agissait de savoir s'ils ont été institués, à l'origine, par des hommes qui , doués de la faculté éminente de nommer, auraient mérité d'être appelés onomathétes, c'est-à-dire fondateurs de noms. Dans ce dialogue, les doctrines de Pythagore et de Parménide sur ce sujet sont représentées par Hermogène; Cratyle représente celles d'Heraclite; Socrate, comme en se jouant , oblige chaque doctrine à produire ce qu'elle a de vrai ou de faux, ce qu'elle a de subtil ou.de profond. Quant à l'opinion de Platon, elle se sent plutôt qu'elle n'est exprimée: c'est, à mon avis, l'impossibilité pour lui d'arriver à une solution certaine et légitime. Toutefois elle reposait dans son génie même; et s'il ne l'en a pas fait sortir, c'est qu'elle ne se montrait pas avec assez d'évidence pour qu'il pût la manifester : tout-à-1'heure nous saurons où était l'obstacle. Quoi qu'il en soit, le Cratyle a cela de très curieux et de très profitable, que la destinée d'un certain nombre de mots y est suivie avec une rare finesse de déduction ; qu'on y trouve expliqué comment quelques langues barbares avaient

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des avantages sur la langue grecque, sous le rapport de ce type de l'idée dont elles avaient conservé une plus vive empreinte; il y est examiné encore ce qu'Homère voulait faire entendre, lorsqu'il disait d'une chose ou d'une personne, qu'elle avait tel nom dans la langue des dieux, et tel autre nom dans la langue des hommes : toutes questions qui devaient rester insolubles avec un interlocuteur aussi délié , aussi pressant que l'était Socrate ; questions qui ne pouvaient se traiter que dans une sphère plus élevée, celle où Platon aimait tant à voyager. C'est là seulement qu'il avait appris ce qu'étaient la langue des dieux, la langue des hommes, la langue des Barbares, car il le savait, mais ce n'était pas dans le Cratyle qu'il pouvait le dire.

Revenons à Vico.

Le De antiqua Ilalorum sapientia devait être composé de trois livres: l'un , le seul qui ait paru , et qui est celui dont nous nous occupons ici; l'autre, qui devait être relatif à la physique; et le troisième, qui aurait eu la morale pour objet. On doit beaucoup regretter que ces deux derniers, ou n'aient pas été laits, ou n'aient pas été publiés. Celui qui avait la physique pour but de ses recherches , quoiqu'il eût été sans doute fort en arrière de ce temps-ci , aurait cependant été très curieux, car il ne pouvait pas ne pas être empreint de cette perspicacité divi-

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