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des choses les plus primitives, sort d'une source mystérieuse, la même que toutes les origines.
M. de Maistre a voulu justifier la Providence sons le rapport temporel, .l'avoue que ce genre de justification me touche peu, et je dirais volontiers: Que m'importent les succès des méchants et les revers des bons? n'ai -je pas la vie à venir? Cette forme de justification , que maintenant j'oserais presque nommer impie, tient au reste à l'ensemble dune doctrine qui a dû s'atténuer à mesure que le sentiment moral s'est perfectionné. On sait que la Bible est pleine deA promesses et de menaces temporelles ; et l'on en sait aussi la raison : elle a été dite de mille manières, dont aucune ne me paraît convenable ; j'aurai sans doute occasion de dire celle que je crois vraie, et qui tient à mes idées de progrès, d'avancement, d'épreuves successives. Pour me servir d'expressions déjà consacrées par une sorte de style théologique, il fallait bien faire l'éducation de l'homme charnel avant de faire celle de l'homme spirituel. Ainsi donc encore je dirais volontiers à M. de Maistre et à ses disciples : Vous êtes les Juifs de l'ancienne loi, et nous sommes les chrétiens de la loi de grâce.
On a trop dit que la santé et la maladie, la du-
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rcc j)lus ou moins longue de la vie, étaient une récompense ou un châtiment, le fruit de la résistance ou de l'abandon à nos passions, à nos penchants, de l'emploi plus ou moins sage, plus ou moins réglé de nos facultés. Pourquoi faire de la morale avec de la physiologie? Notre liberté a plus de latitude qu'on ne croit , relativement à nos. organes. Je ne nie point ce qu'il y a d'inévitable et de résultats nécessaires dans les lois de notre organisation , telle qu'elle est devenue, telle que nous l'avons faite, mais nous avons toujours en notre pouvoir le refus ou l'acquiescement de notre volonté; et, en remontant plus haut, nous trouverons que lame informe le corps, en bien ou en mal, qu'il y a en nous des ressources pour ce qui est mauvais , des périls pour ce qui est bon, que notre nature ne repousse pas invinciblement l'abus lorsqu'il se change en habitude. Je veux donc puiser la raison et la récompense d'une bonne conduite non dans l'espérance de la santé ou d'une longue vie, mais dans le sentiment moral de notre perfectionnement. Dieu a bien d'autres moyens de récompenser et de punir; l'homme n'est pas un être borné au temps.
Ce que je viens de dire de l'organisation humaine , relativement à la liberté , je pourrais le dire, du moins* en partie, de l'organisation sociale.
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Il y a, ainsi que je l'ai énoncé plus d'une fois, il y a, pour la société et pour l'individu , un mélange de fatalité et de liberté, dont il faut soigneusement tenir compte. La liberté, pour les individus comme pour les peuples, est circonscrite par des lois irréfragables ; car enfin la Providence doit vouloir la conservation de son ouvrage, et elle ne l'a fait que pour qu'il durât. Reste la liberté morale pour l'individu , et pour les peuples un instinct moral dont la manifestation a toujours lieu , malgré les pouvoirs oppresseurs , et malgré les circonstances étrangères à lui-même. Le devoir de tout gouvernement est de développer cet instinct moral, c'est-à-dire de diriger vers le bien, d'employer au perfectionnement le génie individuel de chaque peuple qui lui est confié par la Providence; s'il ne le fait pas, il manque à sa mission. Tout gouvernement doit être initiateur à l'égard du peuple qu'il
gouverne.
Lorsque Ion médite sur l'origine et les progrès des connaissances humaines, on est invinciblement porté à chercher hors d'un peuple quelconque la cause de sa civilisation, et par conséquent l'origine de ses lumières sur toutes choses. C'est, au reste, le témoignage de l'histoire. De là l'hypothèse d'un
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peuple primitif, d'un peuple civilisateur, placé par. Bailly, d'après rlaton, dans le nord de l'Asie. D'autres ont établi le principe civilisateur dans un collège de prêtres, comme les gymnosophistes de llnde, les hiérophantes de l'Egypte, les semnothéens de la Celtique. Toujours au moins a-t-il fallu un législateur avec une mission d'en haut pour dominer et son siècle et les peuples auxquels il s'adressait. Il paraît même que ce qu'on nous donne pour des premières institutions, des législations primitives, ne sont en effet que des réformations. En suivant donc la filiation jusqu'au bout, nous serons bien forcés de placer le principe civilisateur hors du genre humain lui-même, c'est-à-dire dans le Créateur, qui a voulu que l'homme fût un être social, qu'il fût condamné à tout apprendre. Dieu régna d'abord lui-même, ensuite par des législateurs avoués de lui. Remarquons qu'en effet les législateurs, tous sans exception, ont eu des missions divines; et ici c'est encore le seul témoignage de l'histoire que j'invoque. Je sais que le dix- huitième siècle n'a pas voulu croire à ces missions divines. Il faut bien les admettre cependant, car, ainsi que je l'ai dit au sujet des oracles, limposture ne peut être douée de ce qu'il faut pour fonder. Celui qui se fait l'expression d'un ordre de choses doit avoir en lui la conviction de la pensée hu-