DEUXIÈME PARTIE
înaine en sympathie avec la volonté divine, ce qui constitue la foi , la puissance de créer, l'ascendant sur les hommes. J'ai fait entendre ailleurs ce que je pense de Mahomet lui-même, ce dernier législateur qui se soit autorisé dune mission divine. Voltaire, engouffré dans les erreurs du siècle dont il est le représentant si passionné, et qui néanmoins se recommande à notre reconnaissance par le vif sentiment d'humanité qu'il a développé parmi nous, Voltaire a menti à-la-lois aux données de la poésie et à celles de la vérité ; et ceci me rappelle encore le crime irrémissible d'avoir porté une main sacrilège sur l'héroïne admirable, sur la sibylle pure et magnanime de la nation française.
Remarquons, puisque nous en sommes arrivés là, que ces sortes de missions étant finies , il en est résulté la nécessité de faire entrer les peuples dans la participation du pouvoir. Fénélon l'avait bien senti. Fénélon, il ne faut pas se lasser de le dire, est le véritable fondateur de l'ère actuelle. Si le Télémaque eût été adopté par les souverains, ils auraient conservé la première prérogative du pouvoir, celle d'instituer; ils auraient évité la dissolution sociale du dix-huitième siècle. Il faut savoir sur-tout que le Télémaque était loin de contenir toute la pensée de Fénélon, et que l'ensemble de ses écrits était un trésor de sagesse et de prévision. Je ne
parle pas même de ceux qui ont péri, et qui n'ont jamais été connus, mais qui sans doute contenaient une révélation de l'avenir. Louis XIV, après la mort de M. le duc de Bourgogne, s'enferma dans ses appartements , avec madame de Maintenon , pour brûler tous les papiers qui contenaient les instructions de l'illustre maître pour sou auguste élève , et qui avaient été religieusement recueillis et enfermés dans une cassette. Le vieux roi ne pouvait plus rien pour sa propre gloire ni pour le soulagement de ses peuples dont il sentait tout le malheur; mais qu'avait -il à craindre de ces pensées généreuses , destinées seulement aux méditations intimes de la royauté? redoutait-il encore pour luimême et pour son successeur l'ascendant d'un si beau génie?
Disons plus, car depuis Fénélon les temps ont bien changé , la participation du peuple au pouvoir ne suffît encore pas dans l'état actuel des idées et des opinions; il faut que le pouvoir sorte du peuple même. La société une fois instituée marche vers lindépendance : c'est à elle un jour à produire le pouvoir qui doit la régir. Les âges de la tutéle sont passés, les âges de l'émancipation commencent. Est-il besoin d'ajouter que néanmoins la société continue d'exister par les mêmes lois qui font londée? L'émancipation d'un peuple ne peut être