VERS LA
LE J^XTU'^Z.
Jardin merveilleux où ma prime enfance Au milieu des fleurs apprit à marcher, Sans aucun souci, ni d'autre défense Que de me tenir loin du grand rucher I
Jardin vaste, ombreux, abrité, fertile,
Et qui m'attirait en toute saison,
Profond comme un bois, ceint d'eau comme une IK
Parterre ou désert, mais jamais prison!. .
Poiriers et pommiers — d'aucuns centenaires — Se penchaient sur moi d'un air protecteur, Ht de leurs longs bras toujours débonnaires Plaçaient les fruits mûrs juste à ma hauteur.
Haricots et pois grimpant à leurs rames Faisaient des maquis où je m'égarais; Des nids se cachaient dans leurs fines trames, Ht je m'y croyais au fond des forêts.
Plus loin un ravin à hautes falaises Me semblait sinistre, avec ses rochers Suintants, veinés d'ocrés et de glaises Où d'épais ronciers vivaient accrochés;
Avec sa cascade à la voix profonde, Berceuse superbe à qui tant de nuits J'ai dû le sommeil, et qui parfois gronde Encore à présent sur mes longs ennuis...
Ma mère était là, d'ailleurs, attentive A tout m'expliquer avec son grand cœur. Depuis les travaux de la ruche active Jusqu'à la chanson du pinson moqueur.
Ht dans quelle école aux vieux murs moroses Un savant nourri de lourds imprimés Hnscignerait-il ce que dans les roses Apprend une mère à ses fils aimés?...
Plus tard, revenu d'un lointain collège, Je menais, tremblant, dans le vieux jardin La mignonne enfant blanche comme neige Dont les fins cheveux fleuraient bon le thym.
Je ne lui disais que choses banales; Mais ma mère était là qui souriait, Heureuse de nos amours virginales Qu'en rêve, sans doute, elle mariait.
Comme elle nouait les vrilles fluettes De la vigne au tronc des arbres-tuteurs, Ou comme elle ofl"rait aux jeunes avettes Une ruche neuve aux douces senteurs...
Ma mère n'est plus, et l'herbe vivacc Pousse sur sa tombe et dans le jardin Où chaque saison un peu plus efface Son doux souvenir déjà si lointain.