‹ Œuvres: poésiesChapitre 12 sur 37 · toilé d'éirlantincs blanches · texte numérisé non relu

toilé d'éirlantincs blanches

Nous n'irons plus, parlant tout bas, pour approcher

Du nid sans en effaroucher

La chère couveuse craintive, — Très émus, et nos mains s'effleurant quelquefois.

Tandis qu'en notre âme naïve

Nos quinze ans élevaient leur voix.

Et, pour hausser ton front jusques au doux mystère,

Mes bras te soulevant de terre,

Gerbe d'épis et de bluets, Jamais, oh! jamais plus ne renoueront l'étreinte

Qui nous fit pâles et muets,

O pure enfant, aujourd'hui sainte 1...

Bourgeonnez et feuillez comme en ces jours bénis.

Noisetiers, abritez des nids

Au milieu de vos branches souples; Attirez, le dimanche, au bord des claires eaux

De beaux adolescents par couples

Amoureux d'azur et d'oiseaux I

Emplissez leurs cœurs neufs de chansons et d'ivresses ;

Sur leur épaule, en longues tresses

Jetez le chèvrefeuille à fleurs, Pour enchaîner ici les fous qui vont, sans doute,

Vers l'oubli, l'exil et les pleurs,

Loin du nid demain faire route I

LES CH^MTIGn.O'KS

,Au 'Docteur Louhricu.

LJ F. u X longs mois de soleil torrides

Ont fait nos frais vallons arides

Et roussi l'herbe du coteau ;

La terre a perdu son manteau

De blés, et semble avoir des rides.

Brusquement d'aveuglants éclairs En longs zigzags hachant les airs Ouvrent une brèche à l'orage; Et la pluie et le vent font rage Sur les champs fauves et déserts...

Et soudain une étrange flore Multiforme et multicolore S'étale aux yeux émerveillés :

Par le tonnerre réveillés Les champignons viennent d'éclore !

Isolés au fond des halliers, Groupés comme des écoliers En vingt attitudes contraires, Parfois deux à deux, comme frères, Sympathiques et familiers,

Courts et ventrus, menus et grêles, Noirs poussahs, fines demoiselles.

Nains ditformes et grimaçants, En corsets terreux ou luisants, Lourds chapeaux ou fines ombrelles.

Ils peuplent les bois ténébreux.

Se pressent, encor plus nombreux, Sur les mousses dans les clairières.

Embaument pâtis et bruyères, Et falaises des chemins creux.

Roux comme l'or, bruns, rouges, fauves, Pâles avec des dessous mauves, Blancs comme des lys frais édos, Ou comme l'écume des flots, Glabres comme des crânes chauves.

D'aspects parfois inquiétants,

— Têtos-de-morts, bolets-satans, Pieds-dc-rat, pets-de-loup énormes, Sinistres de teint ou de formes

Et gonflés de poisons latents, —

Tous sur la glèbe solitaire Ils ont surgi du grand mystère, Parmi les éclairs et le bruit, Furtifs, en hâte, en une nuit.

Ces fils étranges de la terre.

Quelques soleils vont les dorer, Quelques limaces s'y vautrer, L'averse amollir leur chair tendre :

— Un peu de fange, un peu de cendre.

Au grand giron tout doit rentrer.

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