‹ Œuvres: poésiesChapitre 15 sur 37 · U C^'B^4%,ET · texte numérisé non relu

U C^'B^4%,ET

V>E soir le cabaret flamboie; Et sur ses bancs lourds et rugueux Nos paysans — plus rudes qu'eux - Ont assis leur soif et leur joie.

Çà, les rissoles au jambon Cuites sous la cendre de l'àtre, La saucisse en serpent noirâtre, L'andouille qui fait le vin bon!

Çà, les bouteilles rebondies D'où le petit clairet jaillit, Qu'on vide vite, et qu'on remplit Plus vite encor — sans perfidies 1

Et les gras propos, les jurons, Les rires épais en cascades, Où s'entremêlent des bourrades Sur les genoux et les dos ronds I

A nous les chansons des ancêtres, A plein cœur comme à pleine voix, Pour qu'on les entende des bois Où les loups répondront peut-être!

Le doigt à l'oreille, conscrits, Pour qu'un air au nôtre contraire Ne nous vienne soudain distraire De nos vieux refrains favoris!...

Et maintenant une bourrée !

Qu'est-il besoin de violons?

La voix humaine et les talons Sont l'orchestre de la contrée.

Io8 VERS LA MAISON

Un chanteur en sabots d'abord, Et qu'on le hisse sur la table; Qu'il s'y démène comme un diable, Et boive sec et chante fort 1

« — Allons, la mère, un tour ensemble « Qui nous rappelle nos vingt ans! »

« — On dansait mieux de notre temps..

Et leur chef branle et leur voix tremble.

Les jeunes gens, les beaux lurons, Tournent comme des girouettes, Accompagnant leurs pirouettes De cris aigus et fanfarons,

Claquant des doigts par-dessus tète Et dessous jambe tour à tour :

Le plancher n'est qu'un grand tambour Où leurs talons font la tempête ;

Et le cabaret enfiévré Qu'une fournaise ardente où roule, Dans un brouillard vineux, la houle D'un Mardi-Gras exaspéré...

Cependant minuit tinte; et, blême, Parmi la neige et le brouillard, Sur son cheval de corbillard Arrive le maigre Carême;

Et buveurs, danseurs et chanteurs, — Hors de raison et hors d'haleine, - S'en vont vers le bois ou la plaine.

Dans la combe ou sur les hauteurs.

Des sabots clopinent dans l'ombre; Un bout de refrain trouble encor Un vieux coq, qui sonne du cor...

Puis au sommeil profond tout sombre.

Seule une vitre luit, jetant Un levier d'or dans l'étendue.

« C'est quelque comète perdue. »

Dit un ivrogne en hoquetant.

Non ; c'est le feu du presbytère Où le curé fait pour demain La cendre grise dont sa main Marquera ton front pour la terre 1

C1D\CET1E%E 'MEUF

Vous avez fait, amis, un nouveau cimetière, Riant, plein de soleil, aussi vaste qu'un pré, Clos de murs, avec un portail en fer ouvré : La paroisse y tiendrait aisément toui entière.

Il est hors du village, ainsi que le prescrit Le Code ; et rien jamais de ses glèbes lointaines Ne viendra troubler l'eau que puisent aux fontaine Les vivants, ni l'air pur et froid qui les nourrit.

Vos morts y dormiront dans une paix profonde : Rien des vivants n'ira non plus jusqu'à leurs lits ; Ils se trouveront là deux fois ensevelis, Loin du jour importun et loin des bruits du monde.,

J'aimais mieux cependant le cimetière ancien, Étroit et familier, abrité par l'église Au midi, par l'école à l'est, et de la bise ":r les débris du vieux donjon patricien.

je trouvais consolant et doux ce voisinage; Le matin et le soir, quand sonne l'angélus. On pensait un moment à ceux qui ne sont plus : Les vivants et les morts faisaient là bon ménage.

. dimanche, du fond des hameaux isolés, Les petits-fils venaient saluer les ancêtres; Et l'on s'en retournait tout pensifs sous les hêtres,

; icun ayant prié pour ses morts et ses blés.

les marmots, le soir, en sortant de l'école, .v,.uit d'aller courir après les nids joyeux, Sur les croix de bois noir levaient leurs beaux grands yeux, '■' se sentaient pour un instant l'âme moins folle;

Tandis que les vieillards perclus et grelottants, Dans les jours froids d'hiver qu'un rayon illumiiiL Venaient près du lézard chauffer leur maigre échine Au mur le long duquel les morts dorment contents ;

Et jusqu'aux amoureux qui, les mains enlacées, En passant sous ce mur, par les soirs longs et doux, Songeaient au dernier lit où s'en vont les époux, Mariant l'Amour et la Mort dans leurs pensées...

Ah ! vous avez grand tort de bannir vos défunts Du village où sans doute errent encor leurs âmes ; Il faut garder la cendre où brillèrent les flammes : Malheur à qui ses morts deviennent importuns I

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