LE COLCHIQUE
Lf^homme a cueilli les biens que la saison lui donne ; La Terre, à bout d'efforts, lui demande merci, Et, sur les prés fangeux, le colchique d'automne Ouvre aux larmes d'octobre un calice transi.
Ma jeunesse a livré tous ses trésors aussi, Au sommeil des désirs mon âme s'abandonne, Et dans les grands sillons de mon cœur obscurci S'étale tristement une fleur monotone.
C'est lui, le Souvenir! livide floraison
Qui s'incruste en nos seins, comme au sol ce poison
Amer semblant du lis, dont le printemps s'enivre.
Jette, enfant, cette fleur au sourire glacé :
Qu'y chercherait l'amour? — C'est la fleur du passé.
Dont le suc fait mourir et que les pleurs font vivre !
ipO PAPILLONS NOIRS.