FRIGIDA
yj n matin de décembre, une troupe d'Amours, Ou d'enfants, — c'est tout un — désertant le collège. L'œil émérillonné, le nez vif, les doigts lourds, S'amusait à bâtir une femme de neige.
Rien n'y manquait. Ce galbe était pur sortilège, Et ce nu grelottait sous ses voiles trop courts. Il est sûr qu'un démon venant à leur secours Leur avait révélé l'idéal du Corrége.
L'un d'eux s'agenouillant : — « Chair vive ou fiction,
Tu seras Galatée, et moi Pygmalion !
Je veux t'aimer d'amour et t'infuser une âme. »
Il dit, et dans ses bras il l'étreint. Un passant Lui crie : — « Hé ! bel ami, soyez moins caressant ! On risque la déesse en dégelant la femme. »
MALEFICA
JVlalhear à qui l'approche ! il sait à ses dépens Ce qu'on risqae à toucher cette larve livide Qui dans l'humain sentier glisse par bonds rampants, Ondoyante et lascive, œil faux et dent rapide.
Son amour est un vin mêlé de cantharide, Sa haine un ferment noir de poisons en suspens; Dans son nid échauffé d'atmosphère putride, Elle naquit de honte et vit de guet-apens.
Que j'en ai tu blêmir de ceux qu'elle fascine^ Énervés dans leur moelle, éteints dans leur poitrine ! Que j'en ai .vu mourir de ceux qu'elle a piqués !
— C'est trop charger vos tons, ami, vous vous moquez ! Parbleu, mais on l'écrase ! Après tout, cette infâme, Ce n'est qu'une vipère ! — Hélas, c'est une femme !
LANGUENS
Aimez-YCHis ces grands yeux d^an blea par de pervenche, Qui, sous de longs cils noirs, à regret s'entr'oayrant, Nous cachent à demi, d'un voile transparent, Les discrètes lueurs que la prunelle épanche?
On dirait la pensée en soi-même expirant, Tant Peffort alourdit ce front pâle qui penche, Tant la mélancolie a mis son coin souffrant Sur cette chair dolente où l'âme se retranche.
Son mal est dans le cœur ! ne le voyez- vous pas? La nature a beau rire et lui tendre les bras, Elle hoche la tête et dédaigne de vivre.
C'est un ange ici-bas venu pour expier.
Et qui, proscrit des cieux, n'a pu les oublier.
Ah ! ce mal du pays , la Mort seule en délivre !
FELINA
J 'adore les chats ; )e les ai rêvés En robe de soie et de mousseline.
Tout doux^ beau démon ! cette main câline A leurs ongles fins très-bien avivés ;
Dans ces yeux fendus comme l'aveline Miroitent leurs yeux doux et dépravés ; Cette lèvre mince aux coins relevés Tient leur arsenal de grâce féline.
La gazelle au tigre! au chat la souris!
A toi ce cœur pris, quitté, puis repris, Dans ces jeux cruels où le vif s'entame!
Il plaît à mon cœur d'être égratigné ;
Et tes chauds baisers lui sont un dictame
Qui le guérit mieux s'il a bien saigné.
228 FICULINES.