PAUPER
Il ncor qu'on soit pauvresse, on sait par son miroir Qu'on est faite à raVir. Le visage a du hâle, Mais, s'il vous plaît, voyez sous ce pli du mouchoir, La peau chaude passer du bistre au blanc d'opale.
Agar devait porter ainsi sa beauté mâle.
Fi ! la jupe est coton ! — mais l'œil est velours noir ;
Les cheveux sont trop roux ! — d'accord ; en peut-on voir
De plus longs encadrant un plus correct ovale?
Fillette, c'est raison de marcher le front haut Comme tu fais; car Dieu, si Porte fait défaut. Garde à ta pauvreté des faveurs plus friandes;
Il ajoute au pain noir qu'il te doit chaque jour La musique du cœur et le vin doux d'amour.
Luxe envié, crois-moi, des dames les plus grandes.
PUNCTA
1 u le tais en vain : je devine A ton œil rouge, à ta pâleur, Éden troublé de quelque pleur Et l'Amour piqué d'une épine.
Cest d'un brisement que la fleur, Hier bouton, sort églantine ; Ainsi toute plante divine S'épanouit dans la douleur.
Dieu n'est riant que par Dieu sombre, La clarté n'est qu'au prix de l'ombre, Le doux n'est qu'au prix de l'amer.
Le printemps par l'hiver s'assure, L'or ne vaut que d'après le fer, Le baiser d'après la morsure.
2j2 FICULINE8.
INERS
J e n'eus point, hier, de proie abattue, — Se disait T Amour. — Contre mon pouvoir L'homme se cuirasse: on lui fait trop voir Dans l'œil qui séduit la flèche qui tue.
Quelle faute aussi ! peut-on concevoir Ma mère si folle et si peu vêtue !
Ça, pour les leurrer, créons la statue De la Grâce inerte, en son nonchaloir.
Noyons dans des flots de soie et de gaze Ce corps indolent tout chargé d'extase ; Puis, ici, cachons quelque traits aigus,
Afin qu'aux rôdeurs ce soit une amorce.
Et que, l'estimant un objet sans force.
Pour s'en moins garder ils soient mieux vaincus.
FIGULINBS. ;233
PROCAX
LJes cheveux à Porteil elle est agacerie, La pomme à moitié mure où l'enfant va mordant, Ne fait point tant courir de frissons sous la dent Que n'en attise au cœur sa vive espièglerie.
C'est de Part toujours neuf et qui toujours varie : En jouant elle attire, elle dompte en cédant; Sa moue est empruntée à quelque ange boudadt; Nul ne sourit comme elle , à moins que Dieu sourie.
Il n'est amour si fort ni si découragé
Où son regard ne calme et n'excite à son aise
L'aiguillon furieux dont il est démangé ;
Comme il n'est pas de soif que n'irrite et n'apaise Ce fruit qui, par instant, a le suc de la fraise, . Et, par instant, le feu du piment enragé .
234 FIGUX.INBS.