‹ Œuvres poétiques.Chapitre 195 sur 235 · MISERICORS · texte numérisé non relu

MISERICORS

Fi! les courts ailerons! C'est une moquerie!

A peine ils cacheraient nos deax cœurs à la fois !

— En les tenant tirés vers le ciel f entrevois Qu'on peut les allonger ; tends-les donc^ je te prie.

— Essayons^ dit la vierge. — Eh déjà, je parie, Ils mesurent trois cœurs à Paise; ai-je dit trois? C'est douze maintenant/ — Patience ! je crois

Que cent y tiendraient bien. — Ma chair en est meurtrie;

Mais pour un petit mal, quelle félicité

Si ces plumes gagnaient une envergure telle

Que j'y pusse blottir toute l'humanité!

M'y voilai — Sans retard, volons à Dieu, ma belle ! L'aiglon qui marche à terre est un oiseau moins l'aile, Et l'Amour, dès qu'il prend de l'aile, est Charité !

FltiULlNE^j. ^4^3

EXTRANEA

J ^irais loin .pour te fuir^ agaçant esclavage

Des traits accoutumés et du banal baiser.

Mon goût s'est affadi ; je voudrais l'aiguiser

En quelque ivresse fauve, en quelque amour sauvage.

Que de fois j'ai rêvé d'un singulier rivage Où sur d'étranges seins mon cœur va se poser ! Mais, au tact, il est prompt à se désabuser, Et, bien vite, il revient à son premier servage.

Je ne m'ébahis pas que le grand modeleur, Ayant fait la beauté merveille souveraine, L'ait faite en toute argile et de toute couleur.

Blanche, rose, olivâtre, orange, verte, ébène ; Mais j'admire qu'Amour, étant. privé d'y voir, Sache bien distinguer le blanc d'avec le noir.

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