L'ABRI
V^^'était an coin perdu dans le creux d'une haie^ Fouillis de sève et d'ombre au pied d'un églantier ; La clématite en fleur, que l'aubépine étaie, S'évidait comme un dôme au-dessus du sentier.
C'était là mon désert, ma Thébaïde gaie Lorsque j'étais enfant ; — c'était le monde entier ! Depuis l'heure où le ciel des premiers feux se raie, Jusqu'au soir je rêvais, caché dans ce hallier.
Là, vous charmiez mon cœur, mes yetix et mes oreilles. Rayons, bruits et parfums, enivrantes merveilles l Eldorado naïf où l'enfant se blottit,
Sous ton ombre un seul jour ne puis-je encor m'étendre? Hélas, non ! je suis homme, et nul ne peut me rendre Ma grande âme d'alors et mon corps si petit !
LA LAITIERE
JLa Jeanne, ma laitière, est une fille accorte : Dans sa lèvre jamais le rire n'est tari; Son œil est grand ouvert, son corset dru nourri, Le contour a crevé l'étoffe, mais qu'importe?
Je crois voir, le matin, lorsqu'elle ouvre ma porte. Comme un tableau flamand de lumière pétri , Tant les vertçs senteurs du pacage fleuri Circulent sur ses pas dans l'air frais qu'elle apporte.
Sa marche est un essor, sa voix une chanson.
Elle donne son cœur tout d'un trait , sans façon , Comme un bouquet naïf aux rustiques mélanges.
Jeanne est ce fruit des bois, plein d'un suc abondant,
Dont les âpres tissus font jaillir sous la dent
Des parfums inconnus et des saveurs étranges.