‹ Œuvres poétiques.Chapitre 67 sur 235 · L'INVISIBLE · texte numérisé non relu

L'INVISIBLE

La nuit, lorsqu'entre veille et songe , Pheure lente Pose un pied sur le seuil des divins horizons , Te surprenant penché sur ma tête brûlante, Â demi je me tourne en murmurant : « Causons ! »

Et j'entame le champ des superbes raisons :

Pourquoi la mort ? Pourquoi l'épine sur la plante , L'ombre au jour, l'âpre au fruit, le suave aux poisons, La Justice boiteuse et la Force insolente?

Mais toi , m'enveloppant de tes bras tout-puissants , Tu me baises au front, tendrement, et je sens Ton baiser dans mon cœur entrer comme un langage ;

Oui , vraiment ! tu me dis : « Cher petit curieux , Le jour est encor loin ; dors et ferme les yeux ; Nos grands secrets d'amour ne sont pas de ton âge. »

L'ETAL

L«e crochet à la main, la hdtte sur Péchine, Rôdeur sombre, où vas-tu? — Je vais pour les journaux Chififonner dans la geôle et sous la guillotine Les rognures sans nom que font les tribunaux.

— Quoi ! rame qu'on flétrit, la chair qu'on assassine? Â quels loups sers-tu donc ces mets, à quels pourceaux?

— Dans un large banquet j'ofifre ces bons morceaux A la Société, la prude libertine.

Le crime a son haut goût qui tente les plus saints ; C'est un succube noir qui chatouille nos seins D'un prurit à la fois délicieux, atroce!

Nous sommes vertueux , oui ! comme ce molosse Qui, d'un air dégoûté, près d'un étal passant. Se gorge à pleins naseaux des effluves du sang !

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