‹ Œuvres poétiques.Chapitre 88 sur 235 · DE CH. BAUDELAIRE · texte numérisé non relu

DE CH. BAUDELAIRE

l^es anges ont fini leur temps sur cette terre ; Peut-être il en reste un, — quelque vieux séraphin Montrant plus d'un accroc à ses ailes d'or fin ; — Aussi, que venait-il /aire en cette galère?

Qu'elle remonte aux cieux , la harpe séculaire ! Avec sa gamme fade, aux arpèges sans fin, A-t-elle du Seigneur désarmé la colère?

Après tant à'oremus, sommes-nous saints enfin?

Allons donc ! grâce à vous , gratteurs de mandoline , Quand le siècle est en rut, la Muse libertine Verse un frisson béat dans ses sens déchaînés !

Notre cœur est pourri, mais notre oreille est chaste ; Et nous formons par vous je ne sais quel contraste De Catons libertins , de pudiques damnés î

PRitTEXTA

L^a vie est un progrès en croissance divine.

Notre corps d'aujourd'hui n^est plus celui d'hier; Comme un pourpoint qui s'use au porter, notre chair Se refait d'emprunts dus à toute chair voisine.

De là le disparate , et le louche y et l'impair. Cet habit d'Arlequin s'accroche à toute épine, Le ver s'y met , l'orage y mord , le temps le raine , Le fil cède , et l'étoflfe en maints crevés prend l'air.

L'âme aussi , cependant , change et se renouvelle ; Mais, au rebours du corps qui se gâte et décroît, Elle grandit , toujours plus robuste et plus belle ;

Tant qu'à la fin , rompant son fourreau trop étroit, Elle quitte en un coin ce hideux rien-qui-vaille , Et va là-haut chercher une robe à sa taille.

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