L'EXPIATION
J e fus un pauvre agneau , docile et résigné y Adorant la brebis dans un culte candide , Donnant avec ma laine un « merci » bien timide, Et léchant le bourreau dont la main m'a saigné.
Vivant, je me crus bon; mort, je me vis stupide. i
— « Reprends un corps nouveau, dit mon ange indigné; Pour l'expiation, l'Éternel a daigné Remettre au Temps le fil que le Sort te dévide. »
Et me voilà d'un souffle incarné dans un loup. J'ai , pour me ruer droit au combat de la vie. Une échine d'acier qui jamais ne dévie;
J'ai les chiens en pitié , les serpents en dégoût ;
J'ai faim, j'ai froid, je mords, j'erre seul ; — qu'on m'assomme î
Je mourrai rude et fier ; — car l'agneau s'est fait homme.