‹ Œuvres poétiquesChapitre 11 sur 140 · CHŒUR DES FEMMES PAÏENNES · texte numérisé non relu

CHŒUR DES FEMMES PAÏENNES

Voici la jeune épouse! ô portes, ouvrez-vous ! Elle arrive la maiu dans la main de l'époux. Tous deux ont partagé le gâteau de farine : Pour honorer Diane, et la chaste Lucine, En face de l'autel, suivant l'ordre divin, Le prôtre a répandu le lait pur et le vin. Au palais où t'attend la couche nuptiale, Entre avec un sourire, épouse virginale ! Au moment où tes pas en franchissent le seuil, Que Junon, écartant tout présage de deuil,

18 (KUYllES POÉTIQUES

Sur toi, sur ton époux jette un regard propice.

Que sous un astre heureux votre hymen s'accomplisse.

Puissent vos yeux jamais ne connaître les pleurs !

Sur vos tètes que rien ne llétrisse les fleurs,

Et (pie dans les plaisirs, la joie et l'opulence,

Comme un lleuve aux Ilots d'or coule votre existence !

CHŒLR DES CHULTIEXNES

Grand Dieu, qui voyageur au terrestre séjour.

De l'homme et de la femme avez béni l'amour.

De ce profane hymen, vaine cérémonie,

Votre présence, ù Christ, semblait être bannie :

Mais en votre Cécile, en son cœur innocent.

Votre esprit habitait invisijjle et j)résent.

Étendez sur son front votre main paternelle.

Qu'aimable à son mari, qu'à votre loi iidèle,

Elle égale Lia par sa fécondité,

Sarah par ses longs jours, lîachel par sa beauté.

Que sa bouche en tout lieu répande la sagesse.

Et que celui qu'elle aime, enivré de tendresse.

Célèbre sa louange en présence de tous.

Il ne vous connaît point encor, ce noble époux.

Auquel un nœud sacré l'engage pour la vie.

Arracliez-le, Seigneur, à son idolâtrie :

Ajoutez au lien qui les joint ici-bas

Celui du saint amour (pie la mort ne rompt pas.

CÉCILE, A pnri, en nrrirnnt nur le deraiii de hiacène.

Je suis à vous, Scigneui-, ])j'()tèg(,'z votre épouse ; \'i'illcz sur elle avec une amitié jalouse.

VÂLERIEN

Toi qui ravis mon cœur et qui charmes mes yeux,

Cécile, en ce palais, berceau de mes aïeux,

Pose le pied sans crainte et sois la bienvenue.

Il s'emplit de lumière et tressaille à ta vue.

Je t'ai donné ma vie et j'ai reçu ta foi ;

Sois maîtresse en ces lieux et rèu'ne aussi sur moi.

CECILE

Vous êtes bon, seigneur. Heureuse votre femme Je lis en vos regards la beauté de votre âme. Votre accent attendri respire la douceur ; Je vois en vous un frère et me sens votre sœur.

VALERIEN

Oui, je serai toujours ton époux et ton frère ;

Je retrouve en toi seule et ma sœur et ma mère,

Trésors que m'avaient pris, que me rendent les dieux.

Aussi, vois, pour te faire un accueil plus joyeux,

Comme, dans ma maison par l'hymen rajeunie.

Tout a pris un aspect de bonheur et de vie !

Sois-en par ta candeur le plus pur ornement.

Que tes jours près des miens y coulent doucement.

Et que, sous le regard de la chaste déesse,

Ton lumineux sourire y rayonne sans cesse.

20 ŒUVRES rOKTIQUES

Sourire ou deuil, tout vient du Roi puissant du ciel. Il faut bénir en tout son amour paternel.

VALKRIEN

La raison des vieillards habite en ta jeunesse, Et Pallas elle-même envierait ta sagesse. Des dieux de mon foyer invoquons le secours ; Leur bonté tutélaire a veillé sur uies jours : Désormais, ma Cécile, ils veilleront de même Sur les jours fortunés de l'épouse que j'aime.

J'ai d'autres protecteurs plus i)uissants que ceux-ci.

VA LE RI EN

Plus puissants ? qui sont-ils ?

Ils ne sont point ici, Ils résident plus haut. Un jour, bientôt peut-être. Si le ciel le permet, vous les pourrez connaître.

VALÉIREN

Un mystère sacré semble planer sur toi;

LES KOCES 21

Il ajoute à ton charme et m'émeut malgré moi. Ne me diras-tu pas quel il est, ù ma femme ?

Vous avez droit, seigneur, de lire dans mon âme, Et je n'aurai jamais rien de caché pour vous. Ce soir, quand je serai seule avec mon époux, Demandez son secret à votre humble servante ; Elle vous le dira, sincère et confiante. Puissiez-vous le bénir, quand vous Taurez connu !

Que cet heureux moment n'est-il déjà venu ! SCÈNE II

Les Mêmes, TIBURCE

Valérien !

TIBURCE, arrivant.

VALERIEN

Tiburce !... Embrasse-moi, mon frère.

Nos yeux se sont ouverts ensemble à la lumière Mes pleurs d'enfant, c'est toi qui les as essuyés, Et nous avons grandi l'un sur l'autre appuyés. Aujourd'hui que le ciel couronne ma jeunesse, Tu viens à mes transports mêler ton allégresse.

22 (KLVHES POÉTIQUES

Oui, ta joie est la mienne, ù cher Valérien, Et je romps à regret un si doux entretien. Ixeiircnuaiit j)our un jour ma tendresse inutile, Je voulais te laisser seul avec ta Cécile, Et de ton bonheur pur, ami, prenant ma part, Je te suivais de loin du cœur et du regard. J'attendais à demain, ma sœur, a vous redire Les sentiments profonds ([ue ce beau nom m'inspire. Mais, tout rempli de vous, comme je m'en allais, Je viens de rencontrer aux portes du palais Un cortège pompeux : c'est le préfet de Rome, Almachius lui-même.

CÉCILE, à part.

0 ciel ! que veut cet homme ?

Instruit de votre hymen, il vient vous souhaiter De longs jours sans image, et vous complimenter.

VALÉRIEN, à Cécile.

Il est de l'empereur le tout-puissant ministre, Et je cours...

TIMUHCE

Le voici.

CÉCILE, à part.

Quel visage sinistre !

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