SCENE III I.Es MÊMES, AL.MAGHIUS, licteurs et soldats
VALERIEN
Seigneur, que de bonté !
ALMACHirS
Nobles époux, je veux En ce jour solennel vous apporter mes vœux. César, chef et Q^ardien des familles romaines. Connaît l'illustre sang qui coule dans vos veines, Et quand victorieux à Rome il reviendra, A votre heureux hymen lui-même applaudira.
VALÉHIEN
Seigneur, votre démarche et me touche et m'honore.
Si ma félicité pouvait grandir encore.
Je la sentirais croître à cet excès d'iionncur.
CÉCILE, à part.
Sa présence me cause une invincible horreur ! Son front vil a gardé la marque de ses crimes,
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Je crois voir sur ses mains le sang de ses victimes. O saints martyrs du Christ !
ALMACHius, h Cécile.
Votre air est soucieux, Madame, avec elTroi vous détournez les yeux. D'où vient Témotion sur tous vos traits empreinte ? Vous aurais-je donné quelque sujet de crainte ? Vous vous taisez ?
Seigneur, j'ai vécu loin dos cours Et ne suis point versée en l'art des beaux discours.
ALMACHIUS
Je connais votre humeur solitaire et sauvage. Vous cachez aux regards votre charmant visage, Vous semblez dédaigner nos fêtes et nos jeux ; Même on ne vous voit point dans les temples des dieux. Moi, qui partout présent, au Forum, au théâtre, Préside à ces plaisirs dont Rome est idolâtre, .Jo vous vois aujourd'hui pour la première fois. Pourquoi braver, madame, et le monde et ses lois ? Laissez aux malheureux cet air austère et sombre, Et, faite pour briller, ne restez point dans l'ombre.
Excusez-moi, seigneur; autres sont mes amours. J'ai conservé les goûts des femmes des vieux jours,
Et comme elles je mets mou lionneur et ma peine A garder la maison et iiler de la laine.
ALM.VCIIIUS
Respectables loisirs ! graves amusements, (}u'on lit encore inscrits sur de vieux monuments, Mais qui d'un temps meilleur ne sont plus le partage. Votre nom, votre rang, exigent davantage, Madame, et la beauté qui fait naître l'amour Est un présent des dieux qu'on doit mettre au grand jour. Ces dieux vous ont tissé des jours d'or et de soie : Revêtez les, madame, et vivez dans la joie. Tous nos jeunes Romains, enivrés et jaloux. Auront pour vous aimer le cœur de votre époux.
Seigneur, à cet époux il me suflit de plaire. Ce qu'il m'ordonnera, vous me le verrez faire.
ALM.VCHILS
Rare soumission que je dois approuver.
[A \'ciléricn.)
C'est donc à vous, seigneur, à ne pas nous priver Des cliarmes trop cachés de votre jeune épouse. Ne la retenez pas dans une ombre jalouse. Et laissez les parfums de sa fraiclie beauté Se répandre au grand air eu toute liberté.
26 (i: LIVRES im)i:ïiques
VM.KUIKN
Seiauieur, je suis confus de tant de bienveillance ; Et sinon par penchant, du moins par déférence, J'inclinerai son cœur à suivre des avis ( hii tombent de trop haut pour n'être pas suivis.
ALM.vcnius
Je laisse à votre amour cette œuvre difficile : Heureux si votre femme, à vos désirs docile, Dans nos fêtes bientôt accompagne vos pas, Et près d'elle au logis ne vous enchaîne pas. Je sors ; mais pour finir cette heureuse journée, Je veux offrir d'abord d'une main fortunée Une libation à vos dieux paternels.
Les dieux, peu soucieux des vulgaires mortels, Des puissants de la terre aiment les sacrifices ; Les vo'ux d'Almachius vous les rendront propices.
(// prend une coupe et répand le vin devant les pénates.)
Dieux bons, avec ce vin répandu devant vous, Agréez mes souhaits pour ces jeunes époux !
[Tendant la coupe k Cécile.)
N'imiterez-vous pas mon exemple, madame '.'
CÉCILE, repoussant la coupe.
Ce n'est point là, soigneur, rotlico d'une femme...
LES ^'ocES 27
J'ai besoin de repos ; permettez qu'un moment, Seigneur, je me retire en mon appartement.
VALÉRIEN
Ma Cécile, qu'as-tu ?
ALMACHius, à Cécile.
Non, demeurez, de oTâcc. ^ladame, c'est à moi de vous céder la place ; Il est vrai, je mé suis trop longtemps imposé, Et regrette l'ennui que je vous ai causé.
(A x>a.rf.)
C'est en vain qu'elle cherche à me donner le change :
Son trouble en mon esprit jette un soupçon étrange.
11 confirme des bruits parvenus jusqu'à moi,
Que j'avais repoussés comme indignes de foi.
A César, à nos dieux, serait-elle infidèle ?
Nous verrons bien. Sortons. .J'aurai les yeux sur elle.
VALÉRiEN, à Cécile.
Attends-moi, je le suis et reviens sur mes pas. (7/ sort arec Almac Mus.)
CÉCILE, ;Y Saloyné.
Chère nourice, approche, et ne me quitte pas.
[Tous les milres .s-c relireul.^^
28 (KlVliKS POÉTIQUES
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