LES LARMES
A CEUX i)Vl PLEURENT
Lorsque l'iiomme, déchu de sa beauté première, Fut chassé du jardin d'amour et de lumière, Dieu, le voyant courbé sous le poids des douleurs, Pour alléger ses maux lui donna l'espérance, Puis, au fond de son cœur brisé par la souffrance, 11 ouvrit la source des pleurs.
Dès lors, l'homme pleura. Cette source féconde, Comme un fleuve divin épanché sur le monde, A coulé sans jamais s'arrêter ni tarir. Elle emporte en son cours, les crimes, les souillures. Et ses Ilots bienfaisants g'uérissent les blessures Que les pleurs seuls savent guérir.
Comme une terre aride où tombe la rosée. L'âme humaine, en tout temps de larmes arrosée, S'est couverte de fruits, de parfums et de fleurs.
^2Vk LES LAUMKS
Ce sang de ràiuc, joint an sang du saerilicc. En coulant devant Dieu désarme sa justice Impuissante devant les pleurs.
Qu'importe qu'en tombant les larmes soient amères ? Elles mêlent un baume à toutes nos misères ; Aucun plaisir ne vaut leurs austères douceurs. Enfants purs et bénis nés de parents coupables, Elles sont du péché les filles secourables ; De la prière elles sont sœurs.
Comme le repentir, l'innocence a ses larmes : Du céleste courroux elles brisent les armes. Vous êtes tout-puissants, ù pleurs du sainl amour, Qui prenez votre source en l'âme virginale, Et, pareils à l'encens qui devant Dieu s'exhale Montez jusqu'au divin séjour !
Tout ce (pii nous ravit, tout ce qui nous élève. Commence dans les pleurs, et dans les pleurs s'achève C'est la loi du génie et le commun destin. Que de iils ont sauvés les douleurs maternelles ! Qui pouriait vous compter, ô larmes immortelles De Monique sur Augustin !
L'enthousiasme pleure aussi bien que la joie. A l'admiration quand notre âme est en proie, Il en jaillit des flots qui nous montent aux yeux. L'âme de son bonheur en pleurant se soulage : Tel, après les splendeurs d'un jour d'été, l'orage Apaise la terre et les cieux.