LES LARMES
L'homme seul a vécu qui sait le prix des larmes. Seul il connaît l'amour, ses douleurs et ses charmes ; Tout autre ne sait rien et n'a rien admiré. Quand le Verbe fait homme est venu sur la terre, Pour que sa ress(>ml)lance avec nous fût entière, Le Verbe fait homme a pleuré !
Coulez donc en tous lieux, sans mesure et sans cesse, Larmes de repentir et larmes d'allégresse ; Couvrez de vos flots purs les fanges d'ici-bas. Pour désarmer le ciel et lavt'r nos misères, O pleurs sacrés des saints, des vierges et des mères, Coulez et ne tarissez pas !
Quand le temps achevant la terre moribonde. Comme un livre fini refermera le monde. Et que Dieu jugera les siècles écoulés. Montrant à ses élus leurs larmes qui demeurent, Sa voix leur redira : « Bienheureux ceux qui pleurent, Parce qu'ils seront consolés ! »
LEPOUSE
(^uand Pétrarque encliâssaii les charmes de sa Laure Dans SCS brillants sonnets, harmonieux bijoux Dont, après six cents ans, Rome se pare encore. De celle qu'il chantait un aiitie était l'époux.
( kiaïul (le sa liéalriv Dante adorait Timag-e, A Tohjet de son cMlte il n'était point uni. D'un encens idéal il lui portait riioniinag'e : S. (Il amour éthéré planait dans l'inlini.
Si j'avais comme vous le nombre et l'hai-monie, 0 j)oètes divins, éternels enchanteurs ; Si j'avais c<miino vous les flammes du génie Pour couler dans l'airain ma joie et mes douleurs,
Je v(jndrais couronner d'uiu; gdoire immortelle, Je voudrais faire aimer jusqu'à la iin des jours Le nom trois fois béni de l'épouse fidèle Qui me donna sa vie et fut mes seuls amours !
C'est mou plus cher trésor ! c'est l'àuie de mon àmc Et la chair de ma chair! Mon bonheur est son bien. Devant le monde et Dieu, je rap[)elle ma femme. Son nom comme son cœur est fondu dans le mien.
Nos enfants, dont la troupe en riant l'environne. Lui refont un printemps, et la maternité Sur son front rayonnant a mis une couronne Dont chaque jour qui passe accroît hi mnjestf".
Notre amour a connu les grâces de Taurore : Il g-arde le reflet des 'feux de son Midi, Et près de l'horizon qu'il illumine encore, Son orbe en s'inclinant semble s'être agrandi.
La mort ne mettra pas de terme à sa durée, Et planant au-dessus des choses d'ici-bas. Nous irons boire ensemble à la source sacrée De l'éternel amour qui ne s'épuise pas !
PORTllAir D'ENFAXT
De grands yeux couleur d'azur, Pleins de tendresse et de flamme, Un regard humide et pur Où l'on voit nager son âme ;
Un teint limpide et vermeil, Sur les lèvres un sourire Comme un rayon de soleil Qui dans Peau tremble et se mire :
L'ne taille de roseau Souple, flexible, un peu frêle, La démarche d'un oiseau Qui court en ouvrant son aile ;
Des traits francs si bien ouverts, l 'ne peau si transparente Que l'âme passe au travers Lumineuse et souriante ;