‹ Œuvres poétiquesChapitre 133 sur 140 · RACHEL · texte numérisé non relu

RACHEL

Comme la mort travaille ! et qu'il est grand le nombre Des astres que j'ai vus s'éteindre pour jamais ! Sur quels fronts lumineux, sur quels nobles sommets, O nuit, j'ai vu monter ton ombre !

Des lèvres de Berryer aucun souftle ne sort, Les vers ont dévoré sa bouche glorieuse. Musset ne chante plus et Lamartine dort Dans sa mémoire harmonieuse.

Rossini fatigué, pour les t-oncerts du ciel A fui ceux d'ici-bas, et, mûri pour l'histoire, Le vieil Ingre est allé saluer dans sa gloire Son jeune maître Raphaël.

Mais, parmi tous ces morts, il est une ligure Qui devant mes regards se dresse plus souvent, Et dont le souvenir en moi respire et dure Toujours jeune et toujours vivant.

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Ce souvfMiir que rien no détruit ni n'altère, Qui brille en mon esprit d'un éclat immortel, C'est le tien, lille étrange et pleine de mystère, O pauvre et snbiime Racliel !

Voilà vingt ans passés que le redet de l'âme S'est éteint poui" toujours dans ton regard profond, Et I(? doigt de la mort a vidé jusqu'an fond Tes yeux d'où jaillissait la llamme.

\'<jilà vingt ans passés que, sans nom, sans couleurs. Gît sous un froid tombeau ta poussière oubliée, Et le monde, ô llachel, ne donne plus de pleurs A ta dépouille humiliée !

Parmi ceux que la gloire attachait à tes pas, Et (pii couvraient de fleurs ta tète couronnée, Combien en reste-t-il, ô grande abandonnée, < >iii t.' nomment, même tout bas?

Ib';liis ! un soir suffît à balayer la trace Des jihis grands ici-bas et des plus adulés. Le tenq)s niiirche, le vent soupire, et l'amour passe (domine un fleuve aux Ilots écoulés.

Miiis j)oiir moi, j(! te ganh- un souvenir fidèle. j

J<; refais les chemins (juo je fis avec toi. Ton irn:ig(; me suit et ton ombre immortelle l'iirle encore et revit pour moi.

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Tantôt, tu m'apparais sous les traits (rHermionu : [ja vengeance et Tespolr t'agitent tour à tour, Et je vois sur ton front qui pâlit ou rayonne, Passer la fureur et Tamour.

Tantôt, sous le turban de l'ardente Roxaue, Tu poursuis Bajazet de tes vœux emportés, Et je t'entends encore, implacable sultane, Rugir ton terrible : Sortez !

O Camille, Emilie, indomptables llomaines, Vous passez, l'œil chargé de mépris et d'éclairs : On ne sait, à vous voir, lesquels vous sont plus clicrs De vos amours ou de vos haines !

Mais qui s'avance, pâle et respirant l'horreur ? C'est Phèdre, chérissant et maudissant son crime, Mourante de remords, de mépris, de fureur, Moins orimiiK'lle que vi<-time !

Quel orage, ô Rachel, tu soufllais en mon cœur. Quand, malgré tes efl'orts. ta flamme détestée Éclatait, quand ta voix où vibrait la terreur Cliassait Q^]iione épouvantée!

Mais ([ui pciiKh'atcs yeux où rayonnait la croix. Ton accent et ton froiil (pic la grâce; inmuiiic. Quand sous l(;s cieux ouverts la grande àntc, n Pauline, Jetait cv cri divin : Je crois 1

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Maintcnnnt tout S(> tait, ces ombres immortelles Ont repris leur sileuce et dorment ù nouveau. Il faut pour les porter des âmes dignes d'elles : Qu'elles restent dans leur tombeau !

Nous i)Ouvons bien encor des profondeurs d'un livre Exhumer leurs accents et leurs traits adorés ; Mais Racliel n'est plus là pour les faire revivre Devant les peuples enivrés.

(icilc (jui rthélait leurs i^eautés à la terre, Kst entrée au lieu noir d'où personne ne sort, |]t dans l'ombre poursuit l'entretien solitaire Di- la nniissirre avec la mort.

Mais son âme, ô mystère ! à terrible problème ! Dieu, père du génie et source de l'amour, Son destin, quel est-il? Votre beauté suprômt;

Ali ! je veux l'espérer! .l'ai foi dans la clémence; .l'ai foi dans le pardon qui suit le repentir ! Si les péfliés sont grands, si l'abîme est immense, Un mot suffit pour en sortir.

<)id)lirz, Dieu vivant, Lydie et Messaline, IMiècln- et son désespoir, Roxanc; et ses fureurs, Les amoui's insensés et les folles ardeurs, ]-]t souvenez-vous de Pauline !

On dit qu'à son couchant, quand, proche de sa fin, Elle sentait couler les restes de sa vie, Son cœur las, tourmenté d'une secrète envie. Se tourna vers Famour divin.

On dit que, messager des saintes agonies, Un prêtre à son chevet quelquefois vint s'asseoir, Et que le jour naissant des clartés infinies Illumina son dernier soir.

Qui sait ce que le prêtre alors dit à la femme, Si le sang de l'Agneau n'a point touché son cœur. Si le dernier soupir, où s'exhala son àme, N'est pas monté vers le Seigneur?

Un voile est étendu sur son heure suprême : Ce voile, ô mes amis, ne le soulevons pas ! A Dieu le jugement, la grâce ou l'anathème ! Il juge en haut, prions en Las !

J'espère en ses remords, j'espère en sa souffrance, En l'amour de Celui dont le ciel est un don. Notre Dieu n'est-il pas le Dieu de l'espérance ? N'est-il pas le Dieu du pardon ?

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