‹ Œuvres poétiquesChapitre 136 sur 140 · PARTIR · texte numérisé non relu

PARTIR

Partir ! que de pleurs et de crainte Renferme ce mot incertain, Ce mot plus amer que l'absinthe, Aussi voilé que le destin !

Gomment avec indifférence Laisser, peut-être pour toujours, Les bien-aimés dont la présence Eclaire et console nos jours ?

Pour moi qui vais et viens sans cesse Gourant vers ceux que j'aime à voir, Et reprenant avec tristesse La route austère du devoir,

J'y trouve une telle soullrance Qu'à peine arrivé quelque part, Déjà je soupire d'avance En pensant au jour du départ.

Le temps en sa marche rapide Me semble un voleur sans pitié ( Hii pille en sa fureur avide Le trésor de >non amitié.

.le sens ce trésor d'Iieure en heure Décroître et fondre dans ma main, Jusqu'à ce qu'enfin il y meure, Me laissant seul sur le chemin.

Ah! Seigneur, je le sais de reste, Et ma tristesse l'eût compris, (Jluand même votre loi céleste Dès longtemps ne me l'eût appris ;

L'homme est ici-bas en voyage.

Battu par l'ouragan vainqueur, Il va semant de plage en plage IjC sang qui coule de son cœur.

Malgré sa douloureuse envie.

Il n'y doit point trouver de port.

Partir, c'est la loi de la vie.

C'est aussi la loi de la mort.

Voilà, voilà ce qui console De la terre et de ses douleurs, Et du cruel vieillard qui vole Séparant les amis en pleurs.

C'est que les âmes dispersées Par le vent glacé du départ, De leur tristesse reposées, Se retrouveront quelque part.

C'est que la mort de ce qu'on aime Laisse à l'âme un divin espoir ; La mort n'est qu'un départ suprême Que suit un éternel revoir.

Béni soit donc l'adieu d'une heure Qui doit à jamais nous unir !

Pour naître au ciel, il faut qu'on meure, Pour arriver, il faut partir.

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