‹ Œuvres poétiquesChapitre 16 sur 140 · V.VLEUIEN · texte numérisé non relu

V.VLEUIEN

Lutte étrange et terrible !

le

Se peut-elle tromper ! Xon, il n'est pas possible Que tant d'attraits divins, d'amour, de pureté, Ne cachent que mensonge, erreur, impiété. Tout ce qu'on dit des cieux n'est qu'une vaine fable, On le Dieu de Cécile est le Dieu véritable.

Il pleure ; il va prier ! Frappez, tonnez. Seigneur : Mettez mon corps en poudre, et terrassez son cœur,

VALÉRIE

Tu veux mourir pour moi ! Cécile que j'adore. M'aimes-tu, jusque-là ?

Je t'aime plus encore.

Pour toi, pour ton salut, je mourrais mille fois. Viens à Dieu : de mes pleurs écoute enfin la voix.

VALÉRIEN

C'en est trop, je succombe ! ô tendresse ! o prière ! Tu m'aimes, je crois tout : prends le cœur de ton frèn Je ne m'appartiens plus. Faut-il être chrétien ? Mes dieux sont déjà morts : faut-il prier le tien ?

5(1 (KIMIES POETIQUES

Oui, |H)iii(|Uf notre sort soit à jamais lo mônu\ 11 le faut.

VALÉIUEN

Tu dis vrai. Dieu que ma Cécile aime, Objet (k- ses transports, source de sa vertu, Tu dois être un Dieu bon. Me voici, que veux-tu? Pour être digne d'elle, il me faut te connaître. Prends ta victime, ô Christ ! commande et sois mon maître.

11 est vaincu : mon Dieu, grâce à jamais à vous ! \'ous m'avez accordé Tàme de mon époux.

VALÉIUEN

(^)ii(.' dis-tu, ma (décile? ou qu'ai-jc tlit moi-même? Attends : n'abuse pas de mon angoisse extrême.

.Non, non, tu l'as promis, et j'ai reçu ton vœu. Tu m'as donné ton comr ; je le donne à mon Dieu.

VALÉRIEN

Pas encor ! s'il me faut livrer ma vie entière A ce Dieu dont mon œil entrevoit la lumière.

LES ?(OCES Ol

S'il me faut être à lui comme je suis à toi,

Hélas ! que je suis loin de cette austère foi !

.Ma cliair, de sa blessure étonnée et saignante,

(Contre l'Esprit vainqueur se débat frémissante ;

Mon âme est combattue, et j'y sens tour à tour

Des flots tumultueux de colère et d'amour.

Tu ne me trompes pas, je crois en toi, je t'aime ;

Mais si, pour ton malheur, tu te trompais toi-même !

Si ta foi t'égarait, si ton Dieu n'était pas !

Si nous ne trouvions rien par delà le trépas !

O souffrance du doute ! ù mortelles pensées !

Par qui de mon esprit seront-elles chassées ?

Avec toi je veux bien aller à ton Seigneur

Par le olaive et le sauQ-. Pour un amour meilleur

Je veux bien immoler nos amours de la terre.

Mais si ton espérance était une chimère,

Si je te perds, hélas ! pour ne plus te revoir,

Toi, mon bien le plus cher et mon unique espoir !

Ce doute me déchire ! O Dieu bon qu'elle adore,

Je ne vous connais pas, mais mon cœur vous implore.

Je ne puis vivre ainsi : désespéré, perdu.

Je flotte, entre la terre et le ciel suspendu.

Secourez-moi: c'est trop ou trop peu de lumière.

Ou donnez-moi le ciel ou rendez-moi la terre !

Fuyez loin de mon âme, ou répandez en moi

Les sereines clartés d'une immuable foi !

CÉCILE

Dieu se donne toujours au cœur (jui le demande, Mon frère. De tes ])leurs il accepte l'offrande.

Et dès cette nuit même il comblera tes vœux. Tu veux la vérité, n'est-ce pas !

VALÉRIEN

Je la veux !

CÉCILE

(^ue sacriiierais-tu pour la posséder toute ?

Tout, hormis ton amour.

CÉCILE

Eh bien, alors, écoute.

Il est un saint vieillard qui dans sa pauvreté Représente du Christ l'auguste majesté.

Ce souverain pasteur de la race chrétienne Est caché près d'ici sur la voie Appienne. Sors, tu rencontreras sur le bord du chemin De graves mendiants qui te tendront la main. Ils sont chrétiens : dis-leur qu'ils te montrent ta voie : Qu'à leur pontife Urbain ta Cécile t'envoie. Vers le divin vieillard ils guideront tes pas. Arrivé près de lui, tu lui raconteras Ton amour, tes combats, notre céleste veille. Et de ton cœur changé la touchante merveille. Par lui tu sauras tout. Ton esprit radieux A sa voix, sous sa main, verra s'ouvrir les cieux ; Et quand, lavé par lui dans l'eau de la piscine,

LES >OCES 53

Tu reviendras brûlant d'une flamme divine,

Ton cœur, aux yeux du Christ, heureux Valérien,

Sera plus innocent et plus pur que le mien.

VALÉRIEN

Non, mon ambition est moins sainte et moins grande.

Tout ce que je voudrais, ce qu'au ciel je demande.

C'est que, nous unissant dans une même foi.

Il m'éclaire, il me sauve ou me perde avec toi.

Je sors, étrange effet d'une aveugle tendresse !

C'est par amour pour toi que seule je te laisse.

Je ne sais quel pouvoir me force à t'écouter

Et domine mes sens prêts à se révolter.

Il faut céder, je pars. Dans la nuit solitaire.

Je vais à ce vieillard qu'entoure le mystère,

A ce dispensateur des célestes bienfaits ;

Je vais lui demander la lumière et la paix.

Mais si je suis déçu dans ma sainte espérance.

N'attends plus au retour pitié ni complaisance.

Mon amour offensé reprenant tous ses droits

Xe te cédera point une seconde fois.

Je n'écouterai plus ni prières ni larmes :

Même à les voir couler, je trouverai des charmes ;

Je serai ton seul maître et tu m'obéiras !

Ou bien nous unissant au moins dans le trépas.

Ma main nous punira, d'un fer vengeur armée.

Toi de m'avoir trahi, moi de t'avoir aimée.

Adieu, femme trop chère ; avant l'aube du jour,

(Chrétien ou non, ici je serai de retour.

(// mrt.)

'OKTIQLKS

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