‹ Œuvres poétiquesChapitre 15 sur 140 · V.VLKRIEN · texte numérisé non relu

V.VLKRIEN

Fol espoir !

C^est plus qu'une espérance Le Seii^Munu- ine l'a dit, et j'en ai l'assurance.

YALEIUKN

Son calme me fait peur.

Si tu les connaissais, (]e j)(!Uple et cette foi, comme je les connais. Ah ! cher Valérien, de quelle ardeur joyeuse S'entlammerait pour eux ton âme généreuse ! (^es chrétiens outragés, qu'un peuple injuste et vain S(; tigure enru'inis de tout le genre humain,

Non contents de s'aimer entre enx comme des frères, l^our leurs persécuteurs prodiguent leurs prières. Ils sont purs, ils sont saints. Comment ton noble conir .\'a-t-il pas dcA^né l'esprit d'un Dieu vainqueur Dans ces combats sacrés où des enfants, des femmes, Meurent joyeusement dans le sang- et les flammes ? Que dis-je ? ces vertus, ce charme intérieur Qui vers moi t'attirait et te rendait meilleur. Ces grâces qu'avant moi tu n'avais point connues. Ami, c'est de ce Dieu que je les ai reçues.

VâLÉRIEN

Assez, n'en parle plus, de ces fatals attraits (Kie je voudrais, hélas ! n'avoir connus jamais : r^eureux si je pouvais secouer leur empire ! Ces trompeuses vertus, je les devrais maudire. Mais contre leur pouvoir en vain je me débats ; •Je voudrais te haïr et je ne le peux pas.

Me haïr ! Et pourquoi ?

VALÉRIEN

Dieux ! elle le demande !

Quel cœur reçut jamais une ollense aussi grande ? Tu demandes pourquoi ? Parce que je t'aimais, Parce que je t'adore et te perds pour jamais. Gomme elle m'a trompé ! Par quels cruels caprices A me désespérer as-tu mis tes dtilices ?

40 (KUVUES POÉTIQUES

Si j'avais su plus iùt, porlide, (jue ton cœur Était tout à ce Christ, ton unique vainqueur, Je me serais gardé de la menteuse ivresse Que versait à mes sens ta main enchanteresse. Mais aujourd'hui, j'ai bu cet enivrant poison, Et je t'ai tout livré, ma vie et ma raison. Que ne me laissais-tu suivre ma destinée ? Qui t'a fait accomplir ce funeste hyménée ? Me haïssais-tu donc ? Voulais-tu me braver ? ()u'espérais-tu ? Réponds !...

Je voulais te sauver

Et je te sauverai.

YALERIE^'

De qui donc

\)c toi-même.

VALERIEN

De moi-même ? comment

CECILE

Dieu le veut, et je t'aime.

LES ^•OCES 41

valkhien

Tu m'aimes ! C'est ainsi que tu crois le prouver Tu me perds, et tu dis que tu veux me sauver ! \u me parles d'amour, et tu me désespères !

Désespoir d'un moment ! souffrances passagères ! Je t'aime, et, si tu veux, bientôt tu le verras.

VALÉRIEN

lié ! que ferais-tu donc si tu ne m'aimais pas '.'

De grâce, écoute-moi. Ce qu'aime en toi Cécile,

Ce n'est pas ce corps fait de poussière et d'argile.

Qui s'use en quelques jours ainsi qu'un vil manteau.

Que réclame la mort et qu'attend le tombeau.

Non, ce que j'aime en toi, c'est ton âme immortelle.

L'âme, ce pur esprit à qui Dieu se révèle,

Qu'il fît pour le connaître et pour l'aimer toujours.

Que serait l'homme, ami, sans son divin secours?

Incliné vers la terre, à la brute semblable,

11 vivrait sans honneur et mourrait misérable :

Mais par elle, il s'élève, il est maître ici-bas,

Et son espoir s'étend par delà le trépas.

Au moment de la mort, son corps tombe en poussier

Mais son âme remonte au séjour de lumière ;

POKTIOUES

Elle va rondri' coinj)t(' an jug-e souverain De tout ce i|u\'lli' a l'ail dans sou voyage humain. HieuMeureuse eu ce jota- de justice éternelle, Lànu' (jne ce grand Dieu trouve pure et lidèle ! Sous son œil paternel, au milieu des élus, Elle entre en un bonheur qui ne finira plus. Mais malheur |)()ur jamais à Tàme de Timpie ( hii blasphéma l'amour et repoussa la vie ! l*]lle va dans IMiorreur de supplices sans iin Expier son mépris do cet amour divin.

(])omprends-tu maintenant comment (décile t'aime Et pourquoi je; te V(;ux sauver malgré toi-nuMiie '.'

VALERIEX

h'atale ilhision ! Pour un rêve trompeur

Tu livres notre amour, tu perds notre bonheur.

l'n bonheur d'un moment, une rapide ivresse Que glace avant la mort la main de la vieillesse ! Ce misérable amour, ù dur Valérien, SufPit-il à remplir un (Meur comme le tien ?

VALKIUEN

Je ne sais s'il l'emplit, mais je sais qu'il l'élève !

Si tout l'homme était là, j'aimerais mieux mon rêve. M;iis je ne rêve point : mon espoir f!st certain.

LKS NOCES 43

VALKUIEN

Ilélas!

Comment Celui qui fit le cœur humain Eùt-il pu, du néant si la mort est suivie, Y semer les désirs d'une éternelle vie ? Cet être souverain, s'il n'est pas un vain nom, Est tout-puissant et sage; il est juste, il est bon. 11 n'a pu créer l'homme et le jeter sur terre Pour s'agiter sans but, vivre dans la misère Et mourir sans espoir.

YALKUIEX

Cependant il Ta fait.

Non ! tu ne le crois pas ! La vie est un bienfait Digne d'un Dieu clément. Comme l'or par la llanime. Par l'épreuve ici-bas il épure notre âme. Plus vains sont nos plaisirs, plus vives nos douleurs, Plus nos jours sont trempés dans le sang et les pleurs, Plus ce Dieu tout-puissant, dans sa bonté suprême. Nous doit une autre vie : il la doit à lui-même.

11 me la devrait bien ! dès l'aube de mes jours .l'ai vu s'évanouir mes plus chères amours.

44 (KUVRES POKTIQUES

J'ai vu ma sti'ur tomber, j'ai vu mourir uia mère, Et j'ai senti dès lors que la vie est amère. Un espoir me restait : tous ces amours perdus Dans un amour nouveau semblaient m'ètre rendus. Il nréchappe à son tour, et ta main que j'adore M'arrache le seul bien qui me charmait encore.

CÉCILE

Console-toi : ce bien ne t'est point enlevé,

Tu peux l'avoir plus grand que tu ne Tas rêvé.

VALERIEN

Comment ?

Viens au Seigneur. Que ton âme immortelle S'abandonne à ce Dieu qui l'attend et l'appelle. Sa grâce en voluptés changera tes douleurs. Même pour des vertus il comptera tes pleurs. Et dans son saint amour nos deux âmes unies Goûteront à jamais des douceurs infinies.

VALÉRIEN

Va! si je le croyais qu'au delà du tombeau Est un amour plus pur dans un monde plus beau, Je serais trop heureux ! plein d'ardeur et de joie, .Je courrais sur tes pas dans la divine voie...

...Mais qui me prouvera que c'est la vérité ? Sur quel oracle saint, sur quelle autorité Repose ton espoir ? Qui Va dit ?

Dieu lui-même !

Dieu qui nous a créés, qui nous voit, qui nous aime, Dieu des splendeurs du ciel par bonté descendu. Pour ramener à lui le genre humain perdu ! Voyageur ici-bas, né dune Vierge pure, Il a par sa puissance étonné la nature. Les morts dans leurs tombeaux s'éveillaient à sa voix. C'était trop peu de naître, il est mort sur la croix. Holocauste d'amour et victime infinie.

Il a, pour nous sauver, quitté, repris la vie. Il a lavé le monde en son sang, en ses pleurs. Et nous avons été guéris par ses douleurs. Maintenant dans le ciel, royaume de sa gloire. Sur l'enfer en fureur il poursuit sa victoire. Le monde est plein de lui. Qui compte ses enfants ? Plus forts que les Césars, dans la mort triomphants, Comme au lit nuptial ils courent au martyre. Et leur sang répandu féconde son empire. Pour gouverner son peuple et propager sa loi, Il a de saints pasteurs, un sacerdoce, un roi ; Et son divin amour a si soif de nos âmes, Qu'il daigne se servir même de simples femmes. C'est ainsi que sa main me choisit malgré moi Pour te donner à lui, pour se donner à toi.

VALKRIKN

Moi ! ton Dieu ? (ju'a-t-il dit ? et quel est ce mystère

Écoute ce secret que je ne puis te taire,

Et (ju'à personne encor mon c(eur n'a révélé :

Dans un songe divin le Seigneur m'a parlé.

Si nous sommes unis, si devant lui je t'aime,

Si ton bonheur enfin m'est plus cher qu'à toi-même.

C'est lui qui l'a voulu. — Tu désirais ma main,

Mais je ne me pouvais résoudre à cet hymen ;

A mon maître adorable en secret fiancée.

De tout j)rofane amour j'écartais la pensée,

Et malgré la vertu que j'admirais en toi,

J'abhorrais un époux étranger à ma foi.

Mais savais-je de Dieu la clémence infinie ?

Un soir, en l'invoquant je m'étais endormie.

Je me crus transportée au pied de son autel.

Dans le temple sacré, seule avec l'Eternel,

Mon âme devant lui se fondait en prière.

Je t'aperçus dans l'ombre, au fond du sanctuaire,

Comme un homme perdu qui cherche son chemin.

« (juide ses pas, Cécile, et prends-le par la main,

Dit alors une voix inconnue à la terre ;

Par toi je veux avoir cette âme qui m'est chère. »

J'obéis au Seigneur : soudain tu me suivis.

Et bientôt, près de moi, joyeuse, je te vis

En face de l'autel, prosterné, dans l'attente.

In ange, revètn d'une robe éclatante, Nous présenta deux lis d'une entière blancheur. Je pris l'un, tu pris Tautre, et de la pure Heur Tu respiras longtemps l'odeur enchanteresse. Tandis que j'admirais ta céleste allégresse, Le lis, entre tes mains tout à coup rougissant. Apparut à mes yeux comme une fleur de sang, Et toi, tu me l'oHris, d'un air austère et tendre... Puis, tout s'évanouit. Dieu m'avait fait entendre (^ue je devais t'aimer, que tu devais par moi. Chaste et victorieux, arriver à la foi. Et que la foi devait tous les deux nous conduire A la pourpre royale accordée au martyre. Prier le même Dieu, vivre du même amour, ^Mourir, monter ensemble à l'éternel séjour. Voilà mon songe, ami, voilà mon espérance ! Tu les accompliras : Dieu l'a promis d'avance. Ah ! ne reste point sourd à ce suprême appel : Ne me refuse pas ton bonheur éternel.

A la grâce divine, à mon amour docile, Aime, espère, combats, meurs avec ta Cécile ! \'ousle savez, mon Dieu, s'il fallait aujourd'hui Ilépandre tout mon sang pour vous donnera lui. Au milieu des tourments, j'expirerais joyeuse. La douleur m'est un gain, si son âme est heureuse.

VALÉRIEN

Où suis-je ? qui me parle ? et quel charme vainqueur Me trouble, me domine et commande à mon canir ? Est-ce un amour humain, est-ce une simple femme

48 (KL'VHES l'OKTIOUES

( hii pal' (le li-ls accents bouleverse mon âme? Non ! contre son pouvoir je me débats en vain : Son amour vient du ciel, son accent est divin. Je ne sais quelle voix gémissante, immortelle, (h-ie au fond de mon cœur et me parle comme elle. ( ) combats !

11 s'émeut : je vois son front pâlir.

Sous le souille d'en haut je sens son cœur frémir. Il va céder ; des pleurs sillonnent son visage. Achevez, Dieu d'amour, achevez votre ouvrage ! Il me faut son salut, vous me l'avez promis. Il est digne, Seigneur, d'être de vos amis. 0 Dieu compatissant. Sauveur né d'une femme. Prenez, prenez ma vie, et me donnez son âme !

VALKHIEN

(^ue se passe-t-il donc ? On dirait qu'un bandeau En tombant de mes yeux m'ouvre un monde nouveau. Est-ce un rêve menteur ? Est-ce une erreur funeste ? ( )u bien est-ce un rayon de la beauté céleste ?

Oui, c'est la vérité, c'est la foi, c'est l'amour. C'est mon Dieu, c'est le tien qui t'appelle à ton tour. Xe lui résiste plus.

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