‹ Œuvres poétiquesChapitre 20 sur 140 · TIBURCE, SEXTUS · texte numérisé non relu

TIBURCE, SEXTUS

Nous sommes seuls, parlez.

Nul ne peut nous entendre?

Que de précautions! Parlez.

•Je dois les prendre, Seigneur; dans un instant vous comprendrez pourquoi. Votre frère est absent ?

r)8 ŒIVUKS POETIQUES

Je ria'iiore...

Eh bien, moi, Je le sais. Dans ces lieux ])rof"onds et solitaires, Où le peuple chrétien abrite ses mystères. On Ta vu cette nuit dans leurs rangs confondu, Adorant leur Dieu mort à la croix suspendu.

Mon frère ? lui, chrétien ! L'imposture est visible, (hii r.i dit ? ([ui Ta vu? C'est faux ! c'est impossible !

Possible ou non, c'est vrai ! c'est vrai, quoique insensé (Jelui ({ui Ta surpris et qui l'a dénoncé Ne se trompe jamais. ()uittez donc ce langage : Est-il ici !'

TIIJURCE

Sextus !

Vous changez de visage,

ïiBURCE, à part.

Je frémis- Ce secret, cet air de Salomé...

Se pourrait-il, grands dieux ! Ali ! frère bien-aimé,

Ou'as-tufait?

Eh! seigneur, pourquoi ce trouble extrême? Ne craignez point Sextus. A lui comme à vous-même. Dans ce danger pressant, vous pouvez vous fier. Au lieu de l'ennemi qui vient pour épier, Je suis l'ami caché, de qui la main discrète Veut de votre maison détourner la tempête. Le préfet, irrité contre le nom chrétien, IVe voudra point laisser en paix Valérien ; Et sans doute bientôt, avant ce soir peut-être. Devant son tribunal il le fera paraître. C'est ce qu'il faut, seigneur, éviter à tout prix. Voilà pourquoi, bravant la peur d'être surpris, Je suis venu moi-même avertir votre frère. Qu'il parte, qu'il se cache en un lieu solitaire ; Pour lui seul, s'il y tient, qu'il garde son erreur. Et laisse du préfet s'apaiser la fureur.

Merci, mon cher Sextus; votre amitié me touche Mais j'hésite et ne puis en croire votre bouche. J'ai grandi, j'ai vécu près de Valérien : Hier, hier encore, il n'était pas chrétien.

60 (KlVnES l'OKTIQUKS

SKXTUS

Hier, non ! Aujourcriuii, seigneur, c'est autre chose.

TinURCE

D'un changement si prompt quelle serait la cause ?

SEXTUS

J'en sais plus d'un exemple ; et, clans le cas présent. Il est, pour l'expliquer, un motif suffisant.

TIBURCE

Ce motif, quel est-il ?

D'après certains murmures (Colportés en haut lieu par des bouches trop sûres, Que je tiens pour fondés, qu'Almachius connaît, Cécile, votre sœur, est chrétienne en secret. Or, vous savez, seigneur, l'empire qu'une femme A sur un jeune époux qu'un vif amour enflamme.

Eh quoi ! (décile aussi ! celte chaste beauté Qui respire la grâce et la pudicité, Cécile, cette vierge et si pure et si belle <Ju'elle ne sendjle pas ime simple mortelle.

Est fille des chrétiens ! De leur religion Quelle est donc la puissance et la contagion? De ce Christ étendu sur une croix immonde 11 sort donc un attrait qui tire à lui le monde, Et qui jette en ses bras tous les cœurs généreux ? Mais vous-même, Sextus, vous inclinez vers eux. Votre démarche indique une pitié secrète Pour ce peuple opprimé qu'Almachius rejette.

SEXTUS

Moi

Si c'est vrai, Sextus, ne me le cachez pas. Dites, songeriez-vous à marcher sur leurs pas? Scriez-vous chrétien?

Moi ! que Jupiter m'en garde !

En témoin étonné, j'observe, je regarde : De leurs sanglants ébats spectateur curieux. J'en suis les incidents de l'esprit et des yeux. Quant à les imiter, je n'en ai nulle envie ; J'admire leur courage, et je plains leur folie, Trouvant que ceux-là seuls sont plus vains et plus fous, Qui dépensent contre eux leur force et leur courroux. .

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