‹ Œuvres poétiquesChapitre 24 sur 140 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

TIBlliCE, VAI.KUIE.X, CECILE VALÉRIE^,'

G Cécile, ô ma sœur.

O cher Valérien !

VALERlEiN

Je suis chrétien.

CECILE

Bonté de Dieu !

VALÉRIE

Je suis chrétien.

Mon âm(; s'est plongée aux sources de la vie, Dans l'amour et la joie elle est ensevelie.

Comprends-tu maintenant ce que c'est qu'aimer Dieu?

YALÉRIEN

Rien qu'à ce nom sacré je sens mon cœur en feu. Mes sens sont inondés d'une joie infinie. Toi qui m'as tout donné, je comprends aujourd'hui Ce que c'est qu'aimer Dieu, que s'abîmer en Lui, Mais en te contemplant au reflet de sa flamme. Je comprends ce que c'est que la beauté d une âme.

Les yeux levés au ciel, que disent-ils tous deux ? Quelle ardeur les remplit ! comme ils semblent heureux !

CÉCILE

Ainsi, le saint vieillard, dont la main })urilie T'a lavé tout entier dans l'eau qui vivifie ?

VALÉRIEN

(3ui, ses bras m'ont reçu, son amour m'a parlé, Jésus-Christ par sa bouche à moi s'est révélé. Instruit, sauvé, béni, j'ai recule baptême, L'Esprit-Saint est mon hôte, et je porte Dieu même !

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(hie j'aime à contemi»lei' cet lialjit nuptial. De ton âme sauvée, emblème virginal î Laisse-moi, doux ami, baiser cette poitrine. Où réside du Cbrist lil majesté divine.

Cette grâce, ô ma sœur, qui resplendit en moi, Tous ces dons de salut me sont venus par toi. J'ai puisé dans ton sein le feu qui me dévore. Cette source à mon cœur le rend plus cher encore.

Valérien, ma sœur, que faites-vous, hélas! Votre amour vous enivre, et vous ne songez pas Qu'un orage sanglant sur vos tètes s'amasse. Et que d'Almachiusla fureur vous menace.

CKCILE

Almachius ! Sait-il que ton frère est chrétien, Et que je suis chrétienne ?

Il connaît tout.

Eh bien !

Qu'il nous vienne en ces lieux chercher, si bon lui semble. Nous irons au martyre et nous mourrons ensemble.

Ah ! frère bien-aimé, fuis, ne Técoute pas. De son front et du tien détourne le trépas.

VALERIEN

Moi, fuir, quand des chrétiens à longs Ilots le sang coule, Quand les saints au bourreaii se présentent en foule, Quand on voit des enfants souffrir, mourir pour Dieu, Déserter ce combat dont le ciel est l'enjeu ! Non, l'honneur me retient, et la foi me convie A périr, s'il le faut, pour aller à la vie. D'ailleurs, sache-le bien, mon sang n'est plus à moi ; Je l'ai promis à Dieu, je l'ai promis pour toi.

Que dit-il ?

TIBURCE

VALKIUEN

Au Seigneur, pour ton âme que j'aime.

Je me suis en victime offert cette nuit même.

70 (KUVRES pot<:tiques

CIrt et iualh(>ureux frère ! ù trop belle amitié !

CÉCILE

11 est (ligne cFenvie et non pas de pitié.

VALKIIIEN

Allons, Tiburce, allons, pas de lâche faiblesse !

Au feu du saint amour retrempe ta tendresse,

Et, laissant aux méchants les regrets et Feifroi,

Apprends ce que j'ai fait, pour faire comme moi.

— Hier, en te quittant, ma sœur, l'âme troublée.

Je dirigeai mes pas vers la plaine isolée,

Où, sous la vanité d'un sépulcre orgueilleux.

Repose Metolla, mère de tes aïeux.

Sur le bord du chemin, des vieillards, des esclaves

Me regardaient passer, doux, recueillis et graves.

Je dis ton nom : soudain ces nobles mendiants

Avec des mots amis m'accueillent souriants.

Pour me montrer la route un d'entre eux m'accompagne.

Un monde souterrain s'étend sous la campagne.

Abri mystérieux connu des seuls chrétiens.

J'y descends après lui ; ses pas guident les miens.

iNous marchons au milieu de corridors funèbres

Dont une lampe à peine éclairait les ténèbres.

Là, des milliers de corps l'un sur l'autre placés,

Dorment leur long somni(;il dans leurs tombeaux glacés,

Jusqu'au jour où le Christ, ranimant leur poussière,

Viendra les réveiller pour l'épreuve dernière.

J'avançais, oppressé, muet. De toutes parts.

Des enblèmes sacrés étonnaient mes regards.

Tout respirait la mort. Tout à coup, ô merveille !

Un cantique lointain vient frapper mon oreille ;

On eût dit aux enfers un pur écho des cieux !

Nous avançons toujours ravis, silencieux.

Ecoutant cette belle et divine harmonie

Qui parmi cette mort semblait chanter la vie.

Bientôt je vois de loin des cierges, des flambeaux,

Flamme du saint amour vivant dans les tombeaux.

Je fais encore un pas : à ma vue étonnée,

Une salle apparaît, splendidement ornée ;

Les chrétiens y priaient, recueillis et nombreux,

Et des lampes d'airain l'éclairaient de leurs feux.

J'y pénètre, et perdu dans la foule des frères.

J'assiste au milieu d'eux aux célestes mystères.

Quelle paix ! quel amour ! En cet auguste lieu.

Tout semblait pénétré de la grandeur de Dieu.

Point de distinction ni de classe, ni d'âge.

Tous au même Seigneur rendaient le même hommage.

Nobles et plébéiens, riches et mendiants,

Au pied du même autel confondus et priants.

Les yeux illuminés d'une divine flamme.

Mêlaient leurs voix, leurs chants et ne formaient qu'une* âme.

A les voir dans la foi, dans la prière unis.

On eût dit un concours de parents ou d'amis.

A voir la gravité peinte; sur leurs visages,

On croyait contempler un concile de sages.

Un pontife couvert de vêtements sacrés

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Se tt'uail à rauli-l. Sur ses traits vénérés, Rayonnant d'un éclat ({iio la grâce tempère, HéjLjnait la majesté d'un vieillard et d'un père : .lereeoimus Urbain, le suprême pasteur.

11 éleva la voix : le miel de la douceur Découlait lentement de ses lèvres bénies. Il redisait du ciel les beautés inlinies, Du Christ et de ses saints les sublimes discours, (^)u'il fallait s'entr'aimer et pardonner toujours. O sagesse ! ô leçons ! ô paroles de vie ! Comme elles descendaient en mon âme ravie ! Ensuite, il poursuivit le service divin. Il noùta le premier de ce pain, de ce vin, InelVable boisson, céleste nourriture, (^)u'()n ne peut recevoir qu'en une âme très pure. Chacun des assistants les reçut tour à tour ; Et tous se relevaient pleins de joie et d'amour. Après un dernier chant, semblables à des ombres. Je les vis s'enfoncer dans les corridors sombres, Et je demeurai seul avec le saint vieillard. Je n'osais l'aborder; son paternel regard M'attira dans ses bras. Je lui dis notre histoire, Mes noces, mes combats, ton songe, ta victoire. « Le temps presse, dit-il : dans un prompt avenir. Le songe de Cécile en toi va s'accomplir, ^lon fils : je veux t'armer pour la lutte prochaine. Sur le peuple chrétien tout l'enfer se déchaîne. Pour t'assurer la palme en cet heureux combat, Du Christ, dès cette nuit, je te ferai soldat ! » Alors, il m'entr'ouvrit le trésor des mystères; Il \uc dit les gi-andeurs, les sublimes misères

Li-:s NOCES 73

Du Fils de Dieu fait homme, en la chair descendu,

Qui trahi, souffleté, sur la croix étendu,

Mourut, reprit la vie, et remontant au Père,

Par son Esprit vainqueur renouvelle la terre.

Tandis qu'il me parlait, une ine (fable ardeur

De son cœur embrasé descendait en mon cœur.

Dieu me versait des flots d'amour et de lumière,

Et la foi pénétrait mon âme tout entière.

« Le moment est venu de briser tes liens ;

M on fds, viens recevoir le signe des chrétiens. »

Il dit, et de sa main le pontife suprême

Sur mon front incliné versa l'eau du baptême.

— Mon frère, c'est alors qu'inspiré par la foi,

Je me suis au Seigneur offert, donné pour toi.

En signe de salut, en gage d'espérance,

Dieu m'a rempli soudain d'une allégresse immense.

L'infini s'est ouvert : j'ai vu, j'ai contemplé

Les apôtres du Christ ! ils m'ont tout révélé.

Et lorsque, revenu de l'extase divine.

Le pontife a pressé mon front sur sa poitrine,

M'embrassant comme un père et m'appelant son fils.

Des larmes ont coulé de mes yeux attendris.

J'ai senti, dès cette heure, et pour toute ma vie.

Qu'aux vulgaires amours mon âme était ravie.

Et je suis revenu, plein d'un feu surhumain.

Ivre de Jésus-Christ que je porte en mon sein !

Vous êtes, Dieu Sauveur, admirable en vos voies. Que sont les vains plaisirs et les" profanes joies.

Près des félicités et des saintes douceurs Où votre pur amour plonge vos serviteurs ?

Incroyables transports ! inexplicables charmes ! D'envie et de désir je sens couler mes larmes : Mon frère, mon ami, mon cher Valérien, Est-ce donc un bonheur si grand d'être ciirétien i*

VALKIUKN

Si grand, que l'âme encor de l'erreur possédée Xe saurait seulement en concevoir l'idée. Viens à Dieu, cher Tiburce, et tu le goûteras. Il liabite en nvm sein et t'attend dans mes bras.

TIBUUCE

-Mainteuaut ([uo le Gln-ist est Ion divin partage, Tu m'aimes donc toujours ?

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