I.Es MÈMKs, SATUllNIN
Eh bien ?
SALOME
Parle.
SATURNIN
Tout est fini.
CÉCILE
Ils sont morts en chrétiens ?
SATURNIN
En saints.
Dieu soit béni !
1)0 (KUVRKS l'OKTIQUES
Du muiide et de Satan ils ont brisé les armes, .h' suis heureuse.
Heureuse ? et tu verses des larmes, Pauvre enfant !
11 est vrai, des pleurs voilent mes yeux. Mais au fond de mon cœur je sens la paix des cieux. La nature gémit, mais la foi plus puissante Avec nos chers martyrs s'élève, adore et chante. Ils sont au ciel, ils ont triomphé des tourments ! Toi qui fus le témoin de leurs derniers moments. Saturnin, i-edis-moi leur supplice et leur gloire.
SATURNIN
Uien ne pourra jamais m'en ùter la mémoire.
Au milieu des soldats, je demeurai près d'eux.
(^uand ils eurent reçu vos suprêmes adieux,
Ils restèrent d'abord oppressés, en silence ;
Puis, embrassant son frère et domptant la souffrance
« Ami, pensons au ciel, lui dit Valérien;
Mon sacrifice est fait; tout le reste n'est rien. »
Et depuis ce moment, nulle ombre de tristesse.
Nul regret de leur front n'obscurcit l'allégresse.
Ils respiraient la paix : pai- de saints entretiens
E^xhortant leurs geôliers à mourir en chrétiens,
Ensemble ils épanchaient leurs âmes fraternelles Et devisaient entre eux des choses éternelles. — Quand de leur dernier jour l'aurore enfin parut, Leur visage brilla d'un vif éclat : « Salut ! Crièrent-ils tous deux, beau jour de la victoire ! Aujourd'hui par la mort nous irons à la gloire ! »
Ce sublime partage, ù cher Valérien,
8i tu l'avais permis, serait aussi le mien.
Mais aux pauvres du Christ, préférés de Dieu même,
Pour assurer mes biens par un acte suprême,
Il fallait vivre encore, et je t'ai survécu,
Et sans moi mon époux et mon frère ont vaincu !
SATUR>"IN
Ils ont vaincu deux fois. Le jour naissait à peine,
L'impie Almachius, qu'aiguillonne la haine.
Les a fait devant lui comparaître. Irrité
De leurs mâles discours, de leur sainte fierté :
« Qu'on les fouette, dit-il, ainsi que des esclaves. »
Aussitôt, à ses yeux, ils sont chargés d'entraves ;
On les frappe à grands coups. Sous la main des bourreaux
Leur corps est déchiré, leur chair vole en lambeaux ;
Sur le marbre rougi le sang coule et ruisselle;
Ils se taisent : d'amour leur regard étincelle.
Soudain, parmi le bruit des clameurs et des coups,
Monte comme l'encens la voix de votre époux :
« Soyez béni, Seigneur, qui i)ar cette souffrance
\)\ (ELVnES POETIQUES
Sois rattache et le nœud de la chaîne bénie Oui nie tire du monde à l'éternelle vie !
SALOME
Hélas ! qui Taurait cru (jue ce brillant hymen Devait être suivi d'un ])areil lendemain !
SATURNIN
Mon douloureux devoir est accompli, madame ; Je vous laisse à vos pleurs.
Oue Dieu garde ton âme Kt qu'il te récompense ! En ellet, j'ai besoin D'être seule un moment avec Dieu sans témoin. Le péril est pressant et la lutte prochaine : Pour le dernier combat je dois reprendre haleine. Au revoir dans le ciel !
SALOMÉ
Qui porte ici ses pas ?
SATURNIN, à Salomé.
C'est l'officier Marcus, c'est le chef des soldats Qui gardent en ces lieux Cécile prisonnière.
SALOMÉ
Est-ce l'annonce, ô ciel, de son heure dernière?