SCENE VI
SATURNIN, ALMACHIUS, SEXTUS. — Cortège de gardes et de licteurs portant des enseignes et des images des dieux de VEmpire.
ALMACiiius, à Salurnin.
Où donc est ta maîtresse ?
SATURNIN
Elle arrive à l'instant, Seigneur.
ALMACHIUS
C'est bien. Dis-lui qu' Almachius l'attend. ^^)u'elle vienne.
{Saturnin sort.)
LE M.VIITYRE i)7
Tu vois à quelle complaisance, Je m'abaisse, Sextus. Oubliant ma puissance, J'ai dépouillé des lois l'imposant appareil. Et, quoique sans espoir, j'ai suivi ton conseil. J'ai bien voulu, malgré son titre de chrétienne. En cette impie encor voir la patricienne, Et moi qui l'aurais dû publiquement juger, Je suis venu moi-même ici l'interroger.
Nous verrons si, devant cet excès d'indulgence, Sou âme des chrétiens gardera l'arrogance.
■ SEXTUS
Eh ! qu'importe, Seigneur ? Quand sou impiété Ne reconnaîtrait pas votre insigne bonté. Faut-il sur son orgueil régler votre clémence ? Que vous font les propos d'une femme en démence ? Au faîte des honneurs où vous êtes placé, Pouvez-vous par des cris vous sentir oiïensé ? Croyez-moi, des chrétiens pour éteindre la race, Il n'est qu'un moyen sur, c'est de leur faire grâce. Oui, si vous les traitiez comme de pauvres fous. Dignes de vos dédains, indignes de vos coups. Si vous les abaissiez au lieu de les proscrire. Vous les verriez sous peu décroître dans l'empire. Ils n'envahiraient plus la cité, le sénat. Ils ne formeraient plus un peuple dans l'Etat. Du martyre ôtez-leur la sanglante auréole ; Qu'ils prêchent librement leur religion folle ; Leur secte mieux connue, estimée à son prix, S'ira perdre bientôt dans l'ombre et le mépris.
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VLMACllIlS
Que me conseilles-tu ? Qui? moi ! que je m'abaisse A ce honteux degré de crainte et de faiblesse ? Que je donne licence à ce peuple odieux D'insulter mon pouvoir et le culte des dieux ! Que, laissant outrager nos empereurs eux-mêmes, J'écoute de sang-froid leurs stupides blasphèmes! ?S\)n ! non! je ne saurais m'oubliera ce point. El quand je le voudrais, je ne le pourrais point. Ils sont dignes de mort. Puisqu'ils poussent l'audace, .jusqu'à me résister, à me braver en face, lîien de leur châtiment n'arrêtera le cours : .l'ai puni jusqu'ici ; je punirai toujours.
sKXTLs, ;) pnri.
Pour les sauver, j'ai fait tout ce que j'ai pu faire. S'ils veulent à tout prix mourir, c'est leur all'aire.
ALMACIIIUS
Mais elle ne vient pas. \'oudrait-on m'offenser ? Ma patience enfin commence à se lasser. Va lii chercher, Sextus, cours et fais-lui comprendre^ < hrAlniiicliius n'a pas l'habitude d'attendre.
sFîXTi's, rc(j!ir(l;uil à (jnuchc.
Elle appi'oehe, seigneur.
.\ i>!irl.
Son front est radieux.
Et son arrêt de mort est écrit en ses yeux. Je sors,
{Sexlus sort.]
ALMACHii s, aux (jurdcs.
Vous, demeurez et gardez le silence.
Qu'aucun geste, aucun mot ne trouble l'audience.