SCENE VII
ALMACHIUS, CÉCILE. — Cécile entre vêtue d'une robe blanchi
brodée d'or.
ALMACHIUS, /;( regardant, à par^
C'est elle... la voici. Sur son front, dans son œil, Quel mélange insolent d'allégresse et d'orgueil ! Je saurai bien dompter la roideur de son âme, Dussé-je la briser !
[liante
Réponds-moi, jeune femme, Et songe à mériter ta gràc(! et mon pardon. On te nomme Cécile ?
En ell'et, c'est mon nom.
Mais j'en porte un plus beau.
ALMACHIUS
Quel est ce nom ?
100 (KIVHKS POKTIQUES
Chrétienne.
vLMACiiius, ;i pari.
Quelle audace !
[Ilnuf.)
J'entends. Ton rano-?
CECILE
Patricienne.
AL.MACniLS
Ta famille est illustre ; on vante tes aïeux.
CÉCILE
Ma g-loire vient d'ailleurs.
ALMACniUS
Ils iionoraient les dieux.
Imite-les plutôt que ton époux impie Autjuel ces dieux vengeurs ont arraché la vie.
De qui veux-tu parler ?
,r-: MARTYRE 101
ALMACIIIUS
De ce Valérien, Qui paya de son sang l'orgueil du nom chrétien.
Valérien ! Je fus sa sœur et non sa femme. Autre est Fépoux sacré qui possède mon àme.
ALMACIIIUS
Cet époux, quel est-il ?
CKCILE
C'est le Christ immortel, Le souverain Seigneur de la terre et du ciel.
ALMACIIIUS
D'où te vient, femme impie, une telle assurance?
CÉCILE
Du Christ, en qui j'ai mis toute ma confiance.
ALMACIIIUS
Prends garde ! je suis maître absolu de ton sort. L'empereur m'a donné droit de vie et de mort.
1()2 ŒIVHKS POKTIQUES
Drùit de vie et de moii ! Ton erreur est grossière.
Si tu ne repoussais à dessein la lumière,
Je t'ouvrirais les yeux, et je te ferais voir
Que ce droit souverain est hors de ton pouvoir.
Parle
ALMACHIUS
CECILE
Tu peux frapper, tu peux oter la vie : D'accord. Peux-tu la rendre k qui tu l'as ravie? Non. Pour ressusciter, Dieu seul est assez fort. (^)n n'a donc fait de toi qu'un ministre do mort.
ALMACHIUS
Malheureuse, tais-toi ! Laisse là tes chimères ; Tu les pourrais payer par des larmes amères. Reviens à la raison, et ne préfère pas La honte du supplice et l'horreur du trépas, A ces plaisirs charmants que donne la richesse. Et que j)romet la vie à ta belle jeunesse.
Toi seul es l'insensé. Près du siècle à venir, ^jii'importe ce qui passe et ce qui (hjit finir ?
Le temps dévore tout, les plaisirs et la gloire. In jour, de tes Césars périra la mémoire, Et toi-même, bientôt, tu tomberas comme eux Aux mains du Dieu vivant qui punit Torgueilleux.
ALMACniUS
Ali ! c'est pousser trop loin l'insolence et l'audace. Si tu me bravais seul, je pourrais faire grâce ; Mais qui s'ose attaquer aux divins empereurs Est digne du trépas. Viens, sacrifie ou meurs !
A qui veux-tu, dis-moi, que ma main sacrifie ?
ALMACIIIUS
A nos dieux protecteurs que ton orgueil défie. Aux dieux sauveurs de Rome.
Où vois-tu là des dieux ?
As-tu perdu l'esprit ? as-tu perdu les yeux ? Je ne vois que du bois, de l'airain ou du marbre. Des simulacres vains, taillés dans des troncs d'arbre. Et, pour dix écus d'or, je pourrai, si tu veux, Te faire fabriquer bon nombre de ces dieux. Le seul Dieu véritable est celui que j'adore. Il entend, il voit tout, le juste qui l'implore. Et l'impie arrogant qui brave son courroux. •Je l'aime et tu le hais ; qu'il prononce entre nous.
101 (Kl VRES POKTIQUES
Tu lie nie lais point peur. Le (Christ est mou refuge, .luge iui(|ue et sans loi, tremble, il sera ton juge ! — Mais e'est trop discourir : fais ce que tu voudras. Plus tu seras cruel, plus tu me serviras.
ALM.\CIIIi:S
Tu veux mourir .' meurs donc ! Soldats, en sa demeure Retenez-la captive, et ce soir, qu'elle meure.
Béni soit Jésus-Christ ! Avant la lîn du jour J'irai chanter au ciel l'hymne du saint amour.
[Elle /<ort, i'inincnâe pnr lo.^ soJdati^.)