SCENE X
[.ES MÊMES, s«n.s la Nourrice.
ALMACHIUS
Lâche ! de ton métier tu n'as pas le courage.
LE BOURREAU
Je n'ai pu soutenir l'aspect de son visage. Puis, elle me parlait avec tant de douceur ! Sa pénétrante voix me déchirait le cœur. « Ne crains pas, disait-elle, ami, je te pardonne ; Mon âme des martyrs te devra la couronne. Loin du ciel je languis ; j'y vais aller par toi ; Mets fin à mon exil, et te souviens de moi. » Éperdu, j'ai frappé; mais ma main frémissante N'a pu trancher d'un coup cette tête innocente. Elle s'est affaissée, et l'œil toujours serein, Elle implorait la mort et l'implorait en vain. .J'ai tenté d'obéir, mais ma sanglante épée Est tombée auprès d'elle, à mes doigts échappée. Ma tête s'est perdue, et détournant les yeux, J'ai fui, plein de remords en maudissant nos dieux.
130 lELVUKS POETIQUES
ALMACIIIUS
Le iiiuUicureux est fou ! Sans ce délire extrême Je lui ferais sur l'heure expier son blasphème. Mais c'est assez punir ; je veux être clément : Il reviendra bientôt de son égarement.
Allons... quel est ce bruit du coté de la porte?
LE nOURRE.VU
Elle vient, je l'entends, c'est elle qu'on apporte. Dieu que Cécile adore, ayez pitié de moi !
ALMACIIIUS
Elle vient, dieux puissants ! Je ne sais quel elfroi Fait frissonner mon corps et glace tout mon être.
Seigneur, remettez-vous. De vos sens restez maître. Sur vos traits altérés pourquoi cette pâleur ?
ALMAGHIUS
C'est elle, je la vois.
DEUXIÈME SOLDAT, à part.
Comme elle lui fait peur !