‹ Œuvres poétiquesChapitre 55 sur 140 · C EST LA · texte numérisé non relu

C EST LA

C'est là qu'au grand jour des vacances Nous nous élancions triomphants ; C'est là que plus tard des enfants S'oubliaient les lonti-ues absences.

C'est là que nous mêlions nos jeux, Nos mains, nos âmes fraternelles, Et ces innocentes querelles Qui s'achevaient en ris joyeux.

C'est là que fleurit ma Sabine, Vierge si pure, au cœur si doux Que Jésus, la beauté divine, Voulut être son seul époux !

C'est là que chante dans mon âme La fraîche voix des jeunes ans ; C'est là que mes enfants, ma femme, Me feront un plus doux printemps.

C'est là, sur cette rive amie, Gomme un vaisseau qui touche au port.

Que je voudrais finir ma vie Et reposer après ma mort.

LE VILLAdE

Le village s'étend au fond de la vallée ; 11 est posé gaîment le long- d'un frais ruisseau. On dirait des pigeons dont la blanche volée Se réchaulTe au soleil et se mire dans l'eau.

Tandis que des vieillards la paisi])le assemblée

Devise gravement des choses du hameau,

Les femmes au lavoir ])attent l'onde troidjlée,

Le pâtre dans les champs souffle en son chalumeau.

Tout est simple et tranquille. Aucun toit ne s'élève Plus haut que ses voisins : le joui' naît et s'achève Aimaljlo, pur et doux comme un rayon de miel.

Bénissant le hameau que sa flèche domine, Seul, le clocher se dresse au haut de la colline, Et semble un doigt levé pour indiquer le ciel.

LE CIIAÏEAU

11 faut un cadre à tout tableau, Et c'est mon pauvre et vieux château Qui sert de cadre à ma famille.

Il n'a ni tour, ni chapiteau,

11 est sans fossés et sans OTille.

Mais il couronne un gai coteau :

Des grands sapins la fine aiguille S'y dresse à côté du bouleau.

Ma femme le trouve assez beau; C'est là, ma Sabine, que brille Ton image sur ton borceau.

O mon pauvre, mon doux château.

Vieux cadre du jeune tableau Que forment mes fds et ma fille !

Page 1