‹ Œuvres poétiquesChapitre 56 sur 140 · LA CHAPELLE · texte numérisé non relu

LA CHAPELLE

Dans la maison il est une chauihi-e bénie Qu'une lampe iidèle éclaire nuit et jour. Maîtres et serviteurs y viennent tour à tour Désaltérer leur âme à la source de vie.

Là, Celui qui prit chair dans le sein de Marie, Pour être tout à tous, a fixé son séjour. Au pied de son autel on pleure, on aime, on prie. Là, veille la puissance et réside l'amour.

Là, Dieu caché rayonne, et sa mort nous fait vivre ; Invisible, il nous voit ; captif, il nous délivre. 11 règne en ma demeure, il en fait un saint lieu.

Est-il en ce bas monde une gloire plus haute ? Tout le ciel est chez moi, le Seigneur est mon hôte : La maison du pécheur est la maison de Dieu.

C'est tout un monde que la ferme, Peuple divers dont Tbomme est roi Il y faut soldats et main ferme Pour que tous observent la loi.

Sergents du guet et sentinelles, Les chiens alfairés et grondants Font marcher au pas les rebelles Et veillent sur les imprudents.

Ils gardent brebis et volaille Des dents du loup et du renard.

Contre la nocturne canaille Leur vigilance est un rempart.

Sire coq parcourt son domaine, Grave comme un mahométan, Et sur le fumier il promène L'orgueil ennuyé d'un sultan

Comme lui, portant haut la tête, Maître dindon se pavanant.

Est aussi sot, encor plus bete, Et fait la roue à tout venant.

Les poules pondent, piquent, gloussent.

Viennent, vont sans savoir pourquoi.

Les petits comme l'herbe poussent, Et chacun tire tout à soi.

L'agneau bêle en la bergerie :

Il est faible, innocent et bon.

De l'étable à la boucherie, Tu passeras, pauvre mouton !

Le bœuf immobile rumine :

On dirait qu'il cherche à penser.

Le pourceau va grognant famine Et ne songe qu'à s'engraisser.

Modeste et simple créature, Content de son maigre repas, L'âne souffre et vit à la dure :

Il travaille et ne se plaint pas.

Tyran avant d'être victime.

Le plus fort pille le plus doux.

On crie, on s'agite, on opprime ; C'est tout à fait comme chez nous.

Le fermier sous son toit de chaume Connaît seul et suit ses projets,

Et, César de l'humble royaume, Nourrit et mange ses sujets.

Jouissez en paix, pauvres bètes, De votre bonheur animal.

Vous ne connaissez pas le mal Qui vous attend ou que vous faites.

Vous vous en irez chez les morts Sans même en avoir conscience.

Les hommes seuls ont le remords, Parce qu'ils ont seuls l'espérance.

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