L'AFFUT
L'aube argenté à peine Les confins du ciel :
Le chasseur cruel Descend dans la plaine.
Il gagne le bord Du bois encor sombre, Et guette dans l'ombre Le gibier qui sort.
Le lapin qu'excite Le frais matinal, A quitté son gite, Sans penser à mal.
Trottinant, il foule Le sol endormi, Et du bois déboule Près de l'ennemi.
Drese ton oreille, Pauvre Jean lapin !
Fuis le noir sa))iii Où le chasseur veille !
160 l'aifut
Mais non, il va droit, Toujours en goguette, Au fatal endroit Où la mort le guette.
De son jour dernier C'est l'aube qui brille.
Adieu, vieux terrier, Et jeune famille !
Adieu le festin.
Que, dans la rosée, La terre arrosée Parfumait de thym 1
L'arme meurtrière Soudain retentit.
Elle couche à terre Le pauvre petit, Et son sang colore L'herbe où chaque jour Il faisait sa cour A la jeune aurore.
Ainsi nos destins Souvent s'accomplissent C'est dans les festins Que nos jours finissent.
Do vie à trépas Brusquement on passe.
Sans laisser la trace Môme de ses pas.