‹ Œuvres poétiques (volume 2)Chapitre 22 sur 69 · AUTRE FRAGMENT SUR LE MEME SUJET · texte numérisé non relu

AUTRE FRAGMENT SUR LE MEME SUJET

Telle éclate Vénus au milieu des trois sœurs.

Î^Iais son sort n'était pas de n'aimer que les fleurs,

Et de garder toujours sa pudique ceinture.

Le roi des dieux l'a vue. Une active blessure

Le dévore, dompté sous l'arc insidieux

Du dieu qui peut dompter même le roi des dieux.

Mais, voulant la séduire, et de sa fière épouse,

Éviter, cependant, la colère jalouse,

Il sut cacher le dieu sous le front d'un taureau

Non ressemblant à ceux qui, sous un lourd fardeau,

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Rampent, traînant d'un Charles axes difficiles,

Ou préparent la terre à des moissons fertiles.

Sur tout son corps s'étend un blond et pur éclat,

Une étoile d'argent sur son front délicat

Luit. D'amour, dans ses yeux, brille la flamme ardente;

Un double ivoire enfin sur sa tête élégante

Se recourbe; la nuit, tel est le beau croissant

Que Phœbé, dans les cieux, allume en renaissant.

Il va sur la prairie, et de frayeur atteinte

Nulle vierge ne fuit. Elles courent, sans crainte.

Vers l'animal paisible, et qui, plus que les fleurs.

De l'ambroisie au loin exhale les odeurs.

Il s'avance à pas lents trouver la jeune reine ;

Sur ses pieds délicats sa langue se promène.

Europe, de sa bouche, en le voyant si beau.

Vient essuyer l'écume, et baise le taureau.

Il mugit doucement; la flûte de Lydie

Chante une moins suave et tendre mélodie.

Il s'incline à ses pieds; tient sur elle les yeux,

Lui montre la beauté de son flanc spacieux.

Soudain : « Venez, venez, ô mes chères compagnes.

Dit-elle; de nos jeux égayons ces campagnes.

Sur ce taureau si doux nous allons nous asseoir;

Son large dos pourra toutes nous recevoir.

Toutes nous emporter comme un vaste navire.

C'est un esprit humain qui sans doute l'inspire.

Nul autre ne s'est vu qui put lui ressembler.

Il lui manque une voix : il voudrait nous parler. »

Elle dit et s'assied. La troupe à l'instant même

Vient; mais, se relevant sous le fardeau qu'il aime,

Le dieu fait vers la mer. L'imprudente soudain

Les appelle à grands cris, pleure, leur tend la main :

Elles courent; mais lui, qui de loin les devance,

Comme un léger dauphin dans les ondes s'élance.

En foule, sur les flancs de leurs monstres nageurs,

Les filles de Nérée autour des voyageurs

Sortent. Le roi des eaux, calmant la vague amère,

Fraye, agile pilote, une voie à son frère;

D'hyménée, auprès d'eux, les humides Tritons

Sur leurs conques d'azur répètent les chansons.

Sur le front du taureau la belle, palpitante.

S'appuie, et l'autre main tient sa robe flottante

Qu'à bonds impétueux souillerait l'eau des mers.

Autour d'elle son voile épandu dans les airs.

Comme le lin qui pousse une nef passagère.

S'enfle, et sur son amant la soutient plus légère.

Mais, dès que nul rivage, à son timide effroi.

Nul mont ne s'off'rit plus, qu'elle n'eut devant soi

Rien qu'une mer immense et le ciel sur sa tête,

Promenant autour d'elle une vue inquiète :

(( Dieu taureau, quel es-tu? Parle, taureau trompeur.

Où me vas-tu porter? N'en as-tu point de peur,

rfe ces flots? Car ces flots aux poupes vagabondes

Cèdent; mais les troupeaux craignent les mers profondes.

Où sera la pâture et l'eau douce pour toi?

Es-tu dieu? mais des dieux que ne suis-tu la loi?

La terre aux dauphins, l'onde aux taureaux est fermée;

Mais toi seul sur la terre et sur l'onde animée

Cours. Tes pieds sont la rame ouvrant le sein des mers;

Et bientôt des oiseaux peut-être dans les airs

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Iras-lu joindre aussi la volante famille.

0 palais de mon père! ô malheureuse fille,

Qui, pour tenter sur l'onde un voyage nouveau,

Seule, errante, ai suivi ce perfide taureau !

Et toi, maître des tlots, favorise ma route!

Mon invisible appui se montrera sans doute;

Sans doute ce n'est pas sans un pouvoir divin,

Que s'aplanit sous moi cet humide chemin. »

Elle dit. A ces mots, pour la tirer de peine.

Du quadrupède amant sort une voix humaine :

(( 0 vierge, ne crains point les fureurs de la mer;

Dans ce taureau nageur tu presses Jupiter.

Je me choisis en maître une forme, un visage;

Mon amour, ta beauté m'ont, sous ce corps sauvage.

Fait mesurer des flots cet empire inconstant.

La Crète, île fameuse, est le bord qui t'attend.

Il m'a nourri moi-même. Et là, ta destinée .

Te promet de grands rois, fils de notre hyménée. »

Il dit; le bord paraît. Les Heures, en ce lieu.

Ont préparé son lit... il se relève dieu,

Détache la ceinture à la belle étrangère.

Et la vierge en ses bras devient épouse et mère.

AMYMONE

Salut, belle Amymone ; et salut, onde amère A qui je dois la belle ù mes regards si chère.

Assise dans sa barque, elle franchit les mers. Son écharpe à long plis serpente dans les airs. Ainsi l'on vit Thétis flottant vers le Pénée, Conduite à son époux par le blond Hyménée, Fendre la plaine humide, et, se tenant au frein, Presser le dos glissant d'un agile dauphin. Si tu fusses tombée en ces gouffres liquides, La troupe aux cheveux noirs des fraîches Néréides A ton aspect sans doute aurait eu de l'effroi, Mais pour te secourir n'eût point volé vers toi. Près d'elles descendue, à leurs yeux exposée, Opis et Cymodoce et la blanche Nésée Eussent rougi d'envie, et sur tes doux attraits Cherché, non sans dépit, quelques défauts secrets ; Et loin de toi chacune, avec un soin extrême. Sous un roc de corail menant le dieu qu'elle aime, L'eût tourmenté de cris amers, injurieux. S'il avait en partant jeté sur toi les yeux.

MxNAIS

Bergers, vous dont ici la chèvre vagabonde, La brebis se traînant sous sa laine féconde. Au dos de la coUinç accompagnent les pas, A la jeune Mnaïs rendez, rendez, hélas ! Par Cérès, par sa fille et la terre sacrée, Une grâce légère autant que désirée.

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Ah I près de vous, jadis, elle avait son berceau,

Et sa vingtième année a trouvé le tombeau.

Que vos agneaux du moins viennent près de ma cendre

Me bêler les accents de leur voix douce et tendre,

Et paître au pied d'un roc où, d'un son enchanteur,

La flûte parlera sous les doigts du pasteur.

Qu'au retour du printemps, dépouillant la prairie,

Des dons du villageois ma tombe soit fleurie ;

Puis, d'une brebis mère et docile à sa main,

En un vase d'argile il pressera le sein.

Et sera chaque jour d'un lait pur arrosée

La pierre en ce tombeau sur mes mânes posée.

Morts et vivants, il est encor pour nous unir

Un commerce d'amour et de doux souvenir.

LA JEUNE LOGRÏENNE

« Fuis, ne me livre point. Pars avant son retour ; Lève-toi, pars, adieu ; qu'il n'entre, et que ta vue Ne cause un grand malheur, et je serais perdue I Tiens, regarde, adieu, pars: ne vois-tu pas le jour? » Nous aimions sa naïve et riante folie, Quand soudain, se levant, un sage d'Italie, Maigre, pâle, pensif, qui n'avait point parlé, Pieds nus, la barbe noire, un sectateur zélé Du muet de Samos qu'admire Métaponte, Dit: «Locriens perdus, n'avez-vous pas de honte? Des mœurs saintes jadis furent votre trésor.

Vos vierges, aujourd'hui riches de pourpre et d'or, Ouvrent leur jeune bouche à des chants adultères. Hélas ! qu'avez-vous fait des maximes austères De ce berger sacré que Minerve autrefois Daignait former en songe à vous donner des lois? » Disant ces mots, il sort... Elle était interdite, Son œil noir s'est mouillé d'une larme subite; •Nous Tavons consolée, et ses ris ingénus, Ses chansons, sa gaîté, sont bientôt revenus. Un jeune Thurien, aussi beau qu'elle est belle, (Son nom m'est inconnu) sortit presque avec elle : Je crois qu'il la suivit et lui fit oublier Le grave Pythagore et son grave écolier.

Il faut en finir une (1) ainsi ;

Voilà ce que chantait aux naïades prochaines Ma muse jeune et fraîche, amante des fontaines, Assise au fond d'un antre aux nymphes consacré, D'acanthe et d'aubépine et de lierre entouré. L'Amour, qui l'écoutait caché dans le feuillage, Sortit, la salua sirène du bocage.

Ses blonds cheveux flottants par lui furent pressés D'hyacinthe et de myrte en couronne tressés : « Car ta voix, lui dit-il, est douce à mon oreille Autant que le cytise à la mielleuse abeille. »

(1) Une idylle.

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