‹ Œuvres poétiques (volume 2)Chapitre 23 sur 69 · HERCULE · texte numérisé non relu

HERCULE

Œta, mont ennobli par cette nuit ardente, Quand l'infidèle époux d'une épouse imprudente Reçut de son amour un présent trop jaloux, Victime du centaure immolé par ses coups; Il brise tes forêts : ta cime épaisse et sombre En un bûcher immense amoncelle sans nombre Les sapins résineux que son bras a ployés. Il y porte la flamme; il monte : sous ses pieds Étend du vieux lion la dépouille héroïque. Et l'œil au ciel, la main sur la massue antique. Attend sa récompense et l'heure d'être un dieu. Le vent souffle et mugit. Le bûcher tout en feu Brille autour du héros, et la flamme rapide Porte aux palais divins l'âme du grand Alcide!

Un jeune homme dira :

J'étais un faible enfant; qu'elle était grande et belle Elle me souriait et m'appelait près d'elle. Debout sur ses genoux, mon innocente main Parcourait ses cheveux, son visage, son sein, Et sa main quelquefois, aimable et caressante, Feignait de châtier mon enfapce imprudente.

C'est devant ses amants, auprès d'elle confus,

Que la fière beauté me caressait le plus.

Que de fois (mais, hélas! que sent-on à cet âge?)

Les baisers de sa bouche ont pressé mon visage!

Et les bergers disaient, me voyant triomphant :

a Oh! que de biens perdus! 0 trop heureux enfant ! »

Toujours ce souvenir m'attendrit et me touche.

Quand lui-même, appliquant la flûte sur ma bouche.

Riant et m' asseyant sur lui, près de son cœur,

M'appelant son rival et déjà son vainqueur,

Il façonnait ma lèvre inhabile et peu sure

A souffler une haleine harmonieuse et pure;

Et ses savantes mains prenaient mes jeunes doigts.

Les levaient, les baissaient, recommençaient vingt fois ,

Leur enseignant ainsi, quoique faibles encore,

A fermer tour à tour les trous du buis sonore.

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