TIRÉ DE MOSCHUS
Nouveau cultivateur, armé d'un aiguillon,
L'Amour guide le soc et trace le sillon;
Il presse sous le joug les taureaux qu'il enchaîne.
Son bras porte le grain qu'il sème dans la plaine.
Levant le front, il crie au monarque des dieux :
« Toi, mûris mes moissons, de peur que loin des cieux
Au joug d'Europe encor ma vengeance puissante
Ne te fasse courber ta tête mugissante. »
Accours, jeune Chromis, je t'aime, et je suis belle.
Blanche comme Diane et légère comme elle!
Comme elle, grande et hère ; et les bergers, le soir.
Quand, le regard baissé, je passe sans les voir.
Doutent si je ne suis qu'une simple mortelle
Et, me suivant des yeux, disent : « Comme elle est belle I »
Les nymphes dansent au clair de la lune,
Le satyre joyeux, au regard enflammé,
Crie, en des bonds légers les lance, les entraîne,
Et de son pied fendu fait retentir l'arène.
De nuit, la nymphe errante à travers le bois sombre Aperçoit le satyre; et, le fuyant dans l'ombre. De loin, d'un cri perfide elle va l'appelant. Le pied de chèvre accourt, sur sa trace volant, Et dans une eau stagnante, à ses pas opposée, Tombe, et sa plainte amère excite leur risée.
L'impur etTier époux que la chèvre désire
Baisse le front, se dresse et cherche le satyre.
Le satyre averti de cette inimitié
Affermit sur le sol la corne de son pié ;
Et leurs obliques fronts lancés tous deux ensemble
Se choquent; l'air frémit, le bois s'agite et tremble.