‹ Œuvres poétiques (volume 2)Chapitre 27 sur 69 · PANNYCHIS · texte numérisé non relu

PANNYCHIS

Plusieurs jeunes filles entourent un petit enfant... le caressent... « On dit que lu as fait une chanson pour Pannychis, ta cousine?... — Oui, je l'aime, Pannychis... elle est belle; elle a cinq ans comme moi... Nous avons arrondi en berceau ces buissons de roses... Nous nous promenons sous cet ombrage... On ne peut pas nous y troubler, car il est trop bas pour qu'on y puisse entrer. Je lui ai donné une statue de Vénus que mon père m'a faite avec du buis : elle l'appelle sa fille, elle la couche sur des feuilles de rose dans une écorce de grenade... Tous les amants font toujours des chansons pour leur bergère... et moi aussi, j'en ai fait une pour elle... — Eh bien! chante-nous ta clianson, et nous te donnerons des raisins, des figues mielleuses... — Donnez-lesmoi d'abord, et puis je. vais chanter... »

Il tend ses deux mains... on lui donne... el puis, d'une voix claire et douce il se met à chanter:

« Ma belle Pannychis, il faut bien que tu m'aimes; Nous avons même toit, nos âges sont les mêmes. Vois comme je suis grand, vois comme je suis beau. Hier je me suis mis auprès de mon chevreau ; Par Pollux et Minerve ! il ne pouvait qu'à peine Faire arriver sa tête au niveau de la mienne. D'une coque de noix j'ai fait un abri siàr Pour un beau scarabée élincelant d'azur ; Il couche sur la laine, et je te le destine. Ce matin j'ai trouvé parmi l'algue marine Une vaste coquille aux brillantes couleurs ; Nous l'emplirons déterre, il y viendra des fleurs. Je veux, pour te montrer une flotte nombreuse, Lancer sur notre étang des écorces d'yeuse. Le chien de la maison est si doux ! chaque soir Mollement sur son dos je veux te faire asseoir ; Et, marchant devant toi jusques à notre asile, Je guiderai les pas de ce coursier docile. »

Il s'en va bien baisé, biei) caressé... Les jeunes

beautés le suivent de loin. Arrivées aux rosiers, elles regardent par-dessus le berceau, sous lequel elles les voient occupés à former avec des buissons de myrte et de roses un temple de verdure autour d'un petit autel, pour leur statue de Vénus. Elles rient. Ils lèvent la tête, les voient et leur disent de s'en aller. On les embrasse... et, en s'en allant, la jeune Myro dit: « 0 heureux âge!... Mes compagnes, venez voir aussi chez moi les monuments de notre enfance... J'ai entouré d'une haie, pour le conserver, le jardin que j'avais alors... Une chèvre l'aurait brouté tout entier en une

heure... C'est là que je vivais avec ; il m'appelait déjà

sa femme, et je l'appelais mon époux... Nous n'étions pas plus hauts que telle plante... Nous nous serions perdus dans une forêt de thym... Vous y verrez encore les romarins s'élever en berceau comme des cyprès autour du tombeau de marbre où sont écrits les vers d'Anyté... Mon bien-aimé m'avait donné une cigale et une sauterelle ; elles moururent, je leur élevai ce tombeau parmi le romarin. J'étais en pleurs... La belle Anyté passa, sa lyre à la main: « Qu'as tu? me demanda-t-elle. — Ma cigale et ma sauterelle sont mortes... — Ah! me dit-elle, nous devons tous mourir...» (Cinq ou six vers de morale.) Puis elle écrivit sur la pierre:

« 0 sauterelle, à toi, rossignol des fougères, A toi, verte cigale, amante des bruyères, Myro de cette tombe éleva les honneurs, Et sa joue enfantine est humide de pleurs; Car l'avare Achéron, les Sœurs impitoyables Ont ravi de ses jeux ces compagnes aimables. »

A compter nos brebis je remplace ma mère ; Dans nos riches enclos j'accompagne mon père, J'y travaille avec lui. C'est moi de qui la main, Au retour de l'été, fait résonner l'airain Pour arrêter bientôt d'une ruche troublée. Avec ses jeunes rois, la jeunesse envolée. Une ruche nouvelle à ces peuples nouveaux Est ouverte; et l'essaim, conduit dans les rameaux Qu'un olivier voisin présente à son passage. Pend en grappe bruyante à son amer feuillage.

BUCOLIQUES ET EGLOGUES 75

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