‹ Œuvres poétiques (volume 2)Chapitre 30 sur 69 · A UNE ANGLAISE · texte numérisé non relu

A UNE ANGLAISE

Si ton âme a goùlé la voix pure et facile

Dont Pope répétait les accents de Virgile;

Si quelques doux tableaux et quelques sons touchants

De l'antique Spenser te font aimer les chants,

Viens voir aussi comment, aux bords de notre Seine,

La muse de Sicile et chante et se promène;

Les tableaux qu'elle invente, et les accents nouveaux

Que répètent nos bois, nos nymphes, nos coteaux.

En commencer ou finir une (églogue) ainsi :

Enfant ailé, seul dieu de mes jeunes travaux,

A. qui fais-tu ce don de mes bouquets nouveaux?

A. toi, belle D'. Z (1)... Pour toi mes mains rustiques

3nt formé le tissu de ces fleurs bucoliques.

Viens voir dans nos hameaux quel encens t'est plus doux,

Quelle déesse enfin tu veux être pour nous.

Soit que ta main, tenant la faucille et l'eau pure,

Veuille aux roses, tes sœurs, prodiguer leur culture,

Du bien de fruits dorés couronner les rameaux ;

Ou soit que ton beau corps, caché dans les roseaux,

\ime mi'Bux habiter sous les ondes limpides;

Soudain Flore et Pomone et Naïades humides

Souscrivent à ton choix, et laissent en tes mains

^empire des vergers, des eaux ou des jardins.

»loi^ pontife, à tes pieds, en des fêtes chéries,

''apporte des pasteurs les offrandes fleuries;

e les vois sur ton front étaler leur éclat;

^lus d'éclat luit encor sur ton front délicat;

)e plus fraîches couleurs ta joue est animée;

^eurs parfums sont moins purs que ta bouche embaumée ;

»Iuurantes sur ton sein, je les vois se flétrir;

1 est bien doux d'y vivre et bien doux d'y mourir.

(1) On croit que ces initiales cachent le nom de madame de îonneuil, belle créole née à l'île Bourbon.

En terminer une ainsi :

0 nymphe du ruisseau, sors de ton onde, sors;

Prends ces chants de berger médités sur tes bords,

Porte-les à D'. Z. N., cette belle insulaire.

A leurs sons amoureux puisse-t-elle se plaire,

Et, le ris sur la bouche, au-devant de tes pas,

Venir les recevoir de ses doigts délicats !

Le matin d'un beau jour, frais, calme, sans nuage,

Est moins fleuri, moins pur, moins doux que son visage

Dis-lui, car tu le sais, oh! dis-lui quel amour,

Dis-lui quel souvenir me poursuit chaque jour.

Dis-lui pour qui ma voix, en soupirs égarée,

Fait gémir les détours de ta grotte azurée;

Dis-lui quel nom ma bouche, au sein de tes roseaux,

Enseigne à répéter à ton peuple d'oiseaux.

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